Acacia albida - Fruitiers du Cameroun

(Leguminosae)

Synonyme

  • Faidherbia albida (Del.)

Noms locaux

  • Fulfuldé : chaki

Origine, distribution géographique et écologie

Espèce d’origine mal connue, distribuée dans les régions arides d’Afrique tropicale et du Moyen Orient. Au Cameroun, cette espèce est distribuée de la zone soudano-guinéenne au sud de Garoua (Nord-est et Sud-Est Bénoué) jusqu’au bord du Lac Tchad.

Description

  • Arbre épineux à cime arrondie et à feuillage dense ; fût court, tortueux ; écorce gris brun, écailleuse, tranche brun-pâle ; épines droites mesurant jusqu’à 2,5 cm de longueur.
  • Feuilles composées bipennées atteignant 10 cm de longueur ; 3-7 paires de pinnules ; jusqu’à 15 paires de foliolules; limbes linéaires légèrement ovales d’environ 0,6 x 0,2 cm.
  • Inflorescences en racèmes atteignant 12 cm de longueur.
  • Fleurs blanchâtres.
  • Fruits : gousses orangées épaisses, recourbées, atteignant 25 x 3,5 cm.

Variabilité et conservation de la ressource

On note une régression des superficies jadis occupées par les parcs à Acacia albida due à la pression démographique sur les terres. Cette régression se caractérise à la fois par la diminution du nombre de parcs, celle des superficies des parcs et enfin celle de la densité d’individus dans un parc donné. Tandis que parallèlement l’intensité des mutilations sur les arbres a augmenté. La culture mécanisée du coton contribue également à la diminution de la densité d’arbres dans les parcelles cotonnière à cause du fait que la mécanisation des opérations agricoles est souvent incompatible avec une densité élevée d’arbres dans les champs.

Agronomie

Un essai de 8 provenances (Harmand in CIRAD-Forêt, 1996) dont 4 du Nord-Cameroun, une provenance de Ouagadougou (Burkina Faso), une du Burundi, une du Mali et enfin une du Sénégal a été mis en place en 1985 à quelques dizaines de kilomètres au sud de Maroua (Mouda) sur sol ferrugineux avec une densité de plantation de 4 x 4 m. On a noté une grande hétérogénéité de croissance au sein des provenances qui est expliquée par une hétérogénéité élevée du sol. Les provenances Mokolo, Mokyo et Bogo du Cameroun et celles d’Ouagadougou, de keur Madiale (Sénégal), de Moi-Kolongotomo (Mali) sont en tête en 1991 du point de vue croissance en hauteur et ne présentent pas de différences significatives. Leurs hauteurs varient entre 243 cm et 186 cm. Tandis que la provenance de Ngong (Cameroun) et de Gihanga Mpanda (Burundi) montrent une croissance plus lente avec respectivement des hauteurs variant entre 149 et 132 cm.

Utilisation

Toutes les parties de l’arbre sont utilisées et particulièrement les feuilles, les fruits (gousses), les graines, la tige et les racines.

Les feuilles constituent l’une des rares sources de fourrage pour le bétail en saison sèche. Depommier et Guerin signalent (in CIRAD-Forêt, 1996) des taux d’émondage (% d’individus émondés dans un parc) allant jusqu’à 60% à Watinoma (Burkina Faso) avec une intensité parfois très forte (75-100% houppier émondé).

Les gousses sont très appréciées par le bétail et sont riches en protéines.

Bien qu’on ne signale pas de consommation des graines au Cameroun, Arbonnier (2000) observe que le fruit sert de condiment en Tanzanie et les graines sont consommées pendant les disettes en Afrique australe.

L’espèce est aussi utilisée en pharmacopée. Arbonnier (2000) signale que la racine est utilisée contre la nausée, pneumonie, toux, fièvre, diarrhée. Tandis que l’écorce est désinfectante et fébrifuge. Elle soigne les plaies, panaris, rhume, grippe, fièvre,, carie dentaire, vomissements, diarrhée, troubles urinaires, lèpre, paludisme, accouchements difficiles. Un mélange de l’écorce et de la gousse soigne l’otite et la diarrhée. Le fruit soigne l’ophtalmie, diarrhée, hémorragie, refroidissement. La gousse est émolliente, utilisée contre l'inflammation, la diarrhée, l'ophtalmie.

Le bois et les branches sont utilisés comme bois de feu. Sa cendre serait (Seignobos, 1996) une médication puissante pour les maladies de peau bénignes ou celles aux symptômes fortement marqués : lèpre ou variole.

Socio-économie

Dans le Nord-Cameroun et particulièrement chez certains Mofu, Seignobos (in CIRAD-Forêt, 1996) signale que l’arbre est présenté, avec le taureau du maray et l’igname en fosse, comme un paramètre de la « richesse » et de notoriété. Chez les Mofu de Duvangar continue Seignobos si un grand Faidherbia albida tombe pendant la saison des pluies, le propriétaire du champ sacrifie à l’esprit du champ (mbolom ma ley). Chez les Gemzek, on verse dans le trou laissé par l’arbre un choix de grains (éleusine, niébé, souchet et mil).

Du point de vue économique l’arbre fournit une importante quantité de fourrage en saison sèche. La biomasse fourragère estimée au Burkina Faso (Depommier in CIRAD-Forêt, 1996) varie de 8 kg à 39 kg de matière sèche de feuilles en fonction du diamètre des arbres et du milieu.

En saison sèche, c’est une des rares espèces soudano-sahélienne qui garde encore son feuillage vert. Ce qui sert d’ombrage pour le bétail et la population. En saison des pluies, l’arbre perd la plupart de ses feuilles. Sa litière de feuilles mortes associées aux excréments laissés par le bétail améliore la fertilité du sol et augment les rendements des cultures associées.

Niveaux de production

L’étude de la production en fruits de l’espèce n’a pas été faite au Cameroun. Des observations sur la production en gousses faites à Watinoma et Dossi au Burkina Faso (Depommier in CIRAD-Forêt, 1996) montrent qu’en moyenne un semencier produit en moyenne 13,2 kg à Dossi et 2,2 Kg à Watinoma où l’émondage des arbres est plus intense et perturbe la fructification.

Acacia albida est une espèce ligneuse à usages multiples d'une grande importance dans les systèmes de production associant l'agriculture, l'élevage et les arbres dans les zones nord-soudaniennes. Acacia albida (Del.) est un arbre de la famille des Leguminosae, Mimosoidae, tribu des Acacieae. Dans cette tribu, il tient une place un peu particulière du fait de ses caractéristiques botaniques qui le distinguent des autres Acacias, ce qui justifierait la préférence de certains auteurs pour la dénomination Faidherbia albida que lui a attribuée A. Chevalier.

Il rejette bien de souche et peut atteindre de grandes dimensions (jusqu'à une trentaine de mètres de hauteur et 1,50 m de diamètre).

Cette espèce se rencontre dans les zones sèches d'Afrique depuis la Mauritanie, le Sénégal, la Gambie à l'ouest, jusqu'en Égypte, Éthiopie, Somalie à l'est. Au sud, elle atteint le Natal, l'Angola, la Namibie. Elle déborde même l'Afrique puisqu'on la rencontre aux îles du Cap Vert ainsi qu'à Chypre, en Jordanie, Israël, Liban et au Yémen.

On la trouve depuis le niveau de la mer jusqu'à plus de 2000 m d'altitude en Éthiopie et au Soudan. Son aire naturelle correspond, pour sa majeure partie, aux régions à climat tropical à saison sèche longue et marquée pendant les jours courts. Cependant, on la rencontre également en Égypte et Israël où la saison sèche correspond avec les jours longs d'été.

Le système racinaire puissant d'Acacia albida lui permet de s'enfoncer très profondément à la recherche de l'eau. La présence d'une nappe phréatique lui est favorable, et Acacia albida se rencontre préférentiellement sur les sols sableux qui facilitent la pénétration en profondeur de ses racines.

Comme on le sait, il possède la caractéristique originale de perdre ses feuilles en saison des pluies et d'être feuillé en saison sèche. Ce rythme phénologique inversé par rapport à l'ordinaire fait que sa présence et son ombrage ne portent pas concurrence aux cultures en saison des pluies. En saison sèche, au contraire, il procure aux animaux domestiques un ombrage propice. Ses gousses constituent un aliment de choix pour le bétail. Son feuillage fournit par émondage un fourrage arboré apprécié des animaux auxquels il apporte les éléments protéiques qui manquent dans les graminées en saison sèche.

A. albida est réputé améliorer la fertilité des sols:

  1. par remontée des éléments minéraux à la surface (facilitée par un système racinaire profond et puissant);
  2. par décomposition des débris végétaux de l'arbre;
  3. par l'augmentation de l'activité microbienne au voisinage de l'arbre, mais aussi plus indirectement
  4. par l'apport des déjections des animaux qui stationnent à l'ombre des arbres en saison chaude.

Acacia albida joue également un rôle de protection efficace contre l'érosion éolienne, s'opposant notamment à la remise en mouvement des placages sableux. Cet effet est particulièrement important lorsque l'Acacia albida se présente en formation de parc suffisamment dense.

Cette espèce est traditionnellement protégée dans certaines régions. Sa propagation a même été favorisée par une protection des semis naturels dans les zones agricoles. A noter que les graines sont munies d'une cuticule imperméable protectrice qui assure leur conservation pendant plusieurs années. Elles ne sont pas digérées par le bétail, qui joue probablement un rôle de dispersion de l'espèce par les déjections des animaux au cours de leurs déplacements le long des parcours traditionnels.

Le bois est utilisé comme combustible, pour les usages locaux, la confection de mortiers à piler le mil, etc.

EXPLORATION DES RESSOURCES GÉNÉTIQUES - DISPOSITIFS D'ESSAI.

La grande étendue de l'aire naturelle de l'espèce, et la diversité des conditions écologiques des zones où se rencontre Acacia albida, rendent indispensable l'exploration systématique de la diversité génétique de l'espèce dans le cadre d'un réseau international.

Dans ce cadre, le Département des forêts de la FAO a apporté une contribution financière au CTFT pour que celui-ci entreprenne une récolte de provenances d'A. albida.

On propose de mettre en œuvre pour l'évaluation des provenances actuellement disponibles au CTFT un type de dispositif suivant de très près les conditions d'utilisation prévues pour Acacia albida dans les systèmes de production agroforestiers. Les dispositifs d'essai devraient être établis sur des sols agricoles en association avec des cultures, et comporter des écartements compatibles avec ces cultures (de l'ordre de 4 m dans la pratique pour ne pas occuper des étendues excessives). On proposera, en raison de leur robustesse, les dispositifs en blocs complets classiques. Comme le nombre de provenances à tester est élevé, la mise en place des essais devra être échelonnée sur plusieurs années, et l'on prévoira d'y faire figurer des provenances-témoin permettant de relier les données obtenues à partir des différents essais.

Dans une première phase, on devrait tester, dans un même dispositif, des provenances d'origines géographiques très différentes. Les résultats que l'on en tirera seront dans ce cas totalement indépendants d'éventuels problèmes d'apparentement (consécutifs à de possibles transferts sur d'assez longues distances de graines par les déjections des animaux lors des transhumances des troupeaux).

Les mesures à relever dans ces dispositifs se limiteront dans un premier temps à la vitesse de croissance. Il serait également souhaitable de pouvoir caractériser le niveau de fertilité du sol sous Acacia albida et son évolution dans le temps.

Ultérieurement, d'autres caractéristiques présentant un intérêt pourraient être prises en compte:

  • caractère plus ou moins épineux du feuillage (il semble qu'il existe une certaine variabilité);
  • développement de la cime et importance de la production de graines. On a constaté, lors des récoltes de terrain, une forte variabilité de la taille et de la forme des gousses selon les arbres collectés.

Une étude du polymorphisme enzymatique chez Acacia albida va être engagée, qui devrait donner une première approche de la variabilité génétique des provenances. Mais ses résultats ne seront pas disponibles avant plusieurs années. Elle ne peut d'ailleurs pas se substituer à la réalisation d'essais de terrain, mais simplement les faciliter et les compléter.

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