LA REPRODUCTION DES CHAMPIGNONS

 

  • Comment se reproduisent-ils
  • La dissémination des champignons.
  • Pousser comme un champignon !
  • Les ronds de sorcière

1/ Comment se reproduisent-ils

Riches de quelques milliers d’espèces, les « grands champignons » arborent les formes les plus diverses. La plus populaire des amanites, l’Amanite tue-mouche, avec sont chapeau ouvert tel un parapluie, ne ressemble guère à une morille, alvéolée à la façon d’une éponge, ni à une clavaire, aux allures de chou-fleur. Pourtant, toutes ces espèces exhibent la même partie de leur anatomie : l’appareil fructifère, appelé carpophore. Celui-ci porte la partie fertile du champignon, l’hyménium, constitué par les lames des agarics, les tubes des bolets ou encore les alvéoles des morilles… A maturité, l’hyménium essaime des spores par milliers qui lorsque les conditions de température et d’humidité sont favorables, donnent naissance, sous terre, à un réseau complexe de filaments : le mycélium. Les filaments mycéliens assurent la pérennité de l’espèce, et de leur fusion naît un nouveau carpophore qui continue le cycle.

Les champignons présentant, par rapport aux autres végétaux, une simplicité morphologique due à l’absence de vie autonome. Ceci comporte en effet, l’élimination de nombreuses fonctions et détermine, par conséquent, l’absence des organes qui devraient y pourvoir. Malgré tout, les champignons possèdent comme tous les êtres vivants, leur cycle biologique dont le but suprême est la conservation de leur propre espèce.

Le mycélium, outre sa propre reproduction par fragmentation naturelle ou artificielle, est en mesure de fructifier, dans des conditions déterminées. Il produisant ainsi des corps plus ou moins spécialisés, au niveau desquels on peut observer une complexité toujours croissante au fur et à mesure que l’on gravit l’échelle évolutive du monde des champignons.

En fait, il existe une très grande variété de structures reproductives sur lesquelles on a établi la classification des champignons. Laissant de côté tous ces groupes qui ne font  pas l’objet de « cueillette » et nous nous limitons à examiner dans la catégorie des « champignons supérieurs » ceux que nous rencontrons le plus fréquemment, c’est à dire les champignons que l’on ramasse et ceux que l’on a la possibilité de rencontrer

Autrefois, on disait de certains champignons étranges et mystérieux qu’ils étaient produits par les exhalaisons et les humeurs malsaines de la terre. On les appelait « caprices de la nature ». Il serait plus normal de les considérer comme le « fruit » d’une plante dont le nom scientifique est « carpophore » et qui assure la fructification des espèces, grâce aux spores, ces spores correspondant aux graines des plantes supérieures. Si cette comparaison n’est pas tout à fait hasardeuse, elle n’est pas non plus rigoureusement scientifique. La véritable plante, le mycélium ou le thalle, vit sous terre, dans le fumier ou bien dans les matériaux les plus divers. Ainsi elle n’apparaît pas au cueilleur de champignons. C’est une des merveilleuses surprises que nous réserve le monde des champignons que ce fin enchevêtrement de filaments capable de s’organiser, à certaines époques, en un ensemble de couleurs, de parfums, de saveurs et de proportions variables à l’infini. A la fois volumineux et fragile, visqueux, gélatineux, membraneux, coriace ou charnu, mais aussi subéreux  (consistance du liège) ou ligneux, chaque champignon assume, en fait, un rôle bien précis dans la nature. Il est l’aboutissement d’un travail complexe, depuis la germination des spores jusqu’à la formation des organes capables de produire des éléments semblables à ceux dont il est né.

Outre l’hétérogénéité des formes dans le cadre même d’une seule espèce, on peut noter une gamme variée de couleurs et de parfums

Les Anciens n’ont jamais compris ce qu’était la reproduction des champignons. Les spores trop petites leur échappaient, et on s’est longtemps imaginé  qu’ils naissaient d’une goutte d’eau et d’un rayon de soleil. On peut lire dans un vieux dictionnaire au mot champignon, cette définition : « Sorte de végétaux spongieux qui naissent spontanément après la pluie dans les prés et dont la plupart donnent des coliques de miserere ». C’était là une science bien courte ! Mais avec l’usage du microscope, on a vu les spores telles qu’elles sont ; on les a prises d’abord pour une espèce de pollen inexplicable, puisque sans fleur. On a mis longtemps à comprendre leur rôle. Mais une fois ce pas franchi, on a été très vite plus loin : on a essayé de voir comment ces spores se produisaient, comment elles germaient, et on a vu que les champignons étaient non pas un végétal lui-même, mais seulement le porte-fruits, qu’on appelle carpophore, et qui en est la traduction grecque tout simplement.

On a vu très vite que dans ces carpophores, les spores étaient produites selon deux systèmes principaux. Chez certaines espèces, comme les Morilles  les spores se forment dans de petits sacs qu’on appelle asques. Ce sont des sortes d’étuis allongés, où les spores sont le plus souvent rangées par huit et où l’air se trouve sous pression, si bien que quand arrive la maturité des spores, le sommet de l’asque se déchire, et les spores sont projetés au loin, en un nuage parfaitement visible à l’œil nu. Mais si on examine au microscope une lamelle

De champignon quelconque,  on voit que les spores sont portées par des organes très différents. Elles se trouvent en bouquets généralement de quatre, parfois plus, parfois moins, au bout de bâtonnets qui émergent de la trame des lamelles et qu’on appelle des basides. Cette différence essentielle justifie la séparation des champignons en deux classes distinctes, les Ascomycètes et les Basidiomycètes. Ceci est vrai pour ceux que nous voyons, étant entendu que la classification des microscopiques est infiniment plus complexe. Mais le microscope apporte bien d’autres résultats. Il nous apprend comment est constitué le corps du champignon lui-même. Comment en sont disposées les fibres, comment, quand le champignon est à l’état naissant, se forment les lamelles ou les tubes, comment se glissent entre les cellules fertiles d’autres cellules sans rôle apparent, comme les  cystides, qui sont probablement des organes d’excrétion, comment dans le corps même du carpophore s’insèrent des lactifères, c’est à dire des sortes  de tuyauteries minuscules charriant des liquides divers, comment se distribuent entre les cellules les pigments colorés, quelle est la nature de leur revêtement, quelles peuvent être les ornementations des spores, quelles sont leurs dimensions, de quelle nature est leur pore germinatif, quelle est la constitution de leurs enveloppes, etc. Il y a là une mine de renseignements autrefois invisibles qui permettent de raffiner la classification, et de distinguer souvent des espèces qui paraissaient auparavant identiques. Les ultramicroscopes actuels ont encore affiné ces données, mais moins qu’on ne pouvait l’espérer ; on peut dire qu’avec un bon objectif, on est outillé pour voir l’essentiel.

Pour déterminer les espèces courantes, le microscope n’est pas nécessaire ; Mais pour certains genres comme les Russules ou les Rhodophylles, il est à peu près indispensable. L’usage du microscope, après, un apprentissage suffisant, devient un plaisir, car les détails qu’on peut voir sont souvent d’une grande beauté. Il y a des spores qui sont de véritables œuvres d’art ; la Nature a manifesté dans leur création une fantaisie extraordinaire.

Il faut signaler aussi les renseignements qu’on peut demander à la chimie. Beaucoup de champignons manifestent, en présence de tel ou tel réactif, des réactions tout à fait spécifiques. Un exemple ente cent : beaucoup de mycologues ont toujours dans leur poche un cristal de sulfate de fer, qui leur permet d’identifier immédiatement la Russule feuille morte sous ses innombrables déguisements. Car aussitôt qu’elle touche ce sulfate, elle montre une tache verte qui ne trompe pas ; c’est la seule de toutes les russules qui présente cette particularité.

2/ La dissémination des champignons.

Les champignons produisent une quantité prodigieuse de spore. Ainsi a-t-on calculé que le Polypore, appelé Ganoderma applanatum, était capable d’émettre un trillion de spores en 24 heures ! Elles sont si nombreuses qu’elles se répandent autour du champignon et sur son chapeau, sous la forme d’une épaisse farine brune. Quand on sait qu’une spore pèse un centième de milligramme, on hésite à faire le calcul… Mais ces spores devront trouver un endroit propice à leur germination, à leur installation, à leur développement, puis à leur fructification. On  a pu percer certains de ces secrets en laboratoire. On récolte des spores d’une façon absolument aseptique, on les met à germer dans des tubes sur un milieu gélosé, et on observe l’évolution des germinations obtenues. C’est ainsi qu’on a pu voir que dans la plupart des cas une spore seule donne un mycélium normal et définitif, capable de vivre, de grandir, et de fructifier à son tour. Mais il se présente dans cette technique des difficultés souvent insurmontables. Les spores de beau coup d’espèces refusent de germer. C’est ainsi que celles des Amanites et des Bolets sont absolument rétifs à toute espèce de culture. Au contraire, celles des Psalliotes, des Coprins et de beaucoup d’autres genres, sont assez dociles et permettent des observations intéressantes. Les espèces où la conjugaison de deux spores est nécessaire sont dites bipolaires ; quand il en faut quatre, on les dit tétrapolaire. Il est cependant  très difficile d’obtenir des fructifications. C’est seulement quand on connaît parfaitement le substratum dont une espèce a besoin qu’on peut espérer aboutir à des carpophores. C’est pourquoi le champignon de couche est si facile à cultiver, parce que  son milieu nécessaire est bien connu et aisé à obtenir. D’autres espèces qui croissent sur le bois, comme les Pleurotes, sont dans le même cas. Il suffit d’obtenir en laboratoire des mycéliums purs et de les transplanter sur des tranches de peuplier pour être sûr d’obtenir une fructification. De même en Extrême-Orient, on cultive industriellement le « champignon parfumé » des restaurants chinois sur des lattes de chêne préparées à cet effet. Quant aux champignons Myrorhizique, qui vivent en symbiose avec les racines des arbres, leur culture est  impossible, car la plupart se refusent à germer ; d’autre part on ne connaît les conditions dans lesquelles ils peuvent s’attacher à l’arbre qui leur sert de support. C’est ainsi que jusqu’à présent il apparaît impossible de tenter la culture des Oronges ou des Cèpes. Ils poussent où ils veulent et quand ils veulent.

Une exception toutefois : les trufficulteurs ont réussi à « mycorhizer » les jeunes chênes au moment de leur germination. Les jeunes arbres ainsi traités sont ensuite mis en terre, et au bout  de quelques années on voit apparaître les premières truffes. C’est ainsi que pourront être régénérées les truffières du Midi, actuellement en perte de productivité. D’autres champignons se comportent en parasites des arbres. Nous avons tous vu émerger du tronc d’un arbre un « amadou » d’une espèce ou d’une autre. Presque toujours, le champignon a pu s’implanter dans l’arbre à la faveur d’une blessure dans laquelle se sont déposées des spores qui s’y sont développés. Le mycélium n’a plus alors qu’à gagner le bois inférieur, à l’assimiler et à le réduire en une masse molle, qui provoque son écroulement.

Ill faut donc distinguer parmi tous les champignons ceux qui vivent de matières mortes, feuilles mortes, bois mort, terreau, fumier, etc. On les appelle saprophytes. Un grand nombre de genres, comme les Psalliotes auxquelles se rattache le champignon de couche, en font partie. Viennent ensuite les parasites. Ils se réduisent à quelques espèces  de Polypores, de Pholiotes et d’Armillaires ; beaucoup se contentent aussi bien de bois mort que de bois vivant. Et enfin les Myrorhizique qui vivent en symbiose avec les arbres ou les herbes, comme les Bolets et les Amanites entre autres. Certains de ces mychoriziques sont attachés à un seul arbre. Certains Bolets ne croissent que sous les pins ; les Oronges ne poussent que sous les chênes ou les châtaigniers, certains Hygrophores ne viennent que sous les chênes, d’autres que sous les hêtres. Mais certaines espèces sont ubiquistes. C’est ainsi que l’Amanite rougissante (A. rubescens) accepte tous les arbres, conifères et feuillus. De même les Chanterelles se trouvent sous tous les arbres, mais il est probable que chaque essence nourrit une « race » particulière. Car si toutes les chanterelles se ressemblent, elles changent de physionomie selon l’arbre qui l’héberge.

On pourrait noter encore que les peupliers et les saules ont à leur service plusieurs espèces qu’on ne trouve pas ailleurs, et en général, les espèces des autres arbres ne s’y rencontrent  pas. Il est probable que le chimisme de chaque arbre a ses particularités,  qui sont compatibles avec telle ou telle espèce. Il y a là toute une série d’observations que chacun peut faire dans la nature et qui sont à la fois passionnantes et instructives.

 

3/ Pousser comme un champignon

On dit familièrement   « pousser comme un champignon », et il  est vrai que beaucoup d’espèces sont d’une croissance extrêmement rapide. Mais il ne faut pas généraliser. Ainsi une Chanterelle, depuis le moment où apparaît sur le sol le petit bouton jaune jusqu’au jour où elle sera adulte, requiert une quinzaine de jours. En revanche, certains Coprins éclosent en une heure ou deux et ne durent pas davantage. Un souffle les détruit. Les noms de velox ou d’ephemerus qu’on leur a donné sont significatifs. Et puis il y a ceux qui vivent plusieurs années. Certains Polypores peuvent durer trente ans ou davantage sur l’arbre auquel ils sont attachés. Ils grandissent un peu tous les ans, et finissent parfois par être énormes.

4/ Les ronds de sorcière

Tout le monde aura remarqué dans les prairies des cercles d’herbe plus verte, où les champignons éclosent  à leur saison. Ces cercles ont donné lieu à toutes sortes de légendes. Au Moyen Age, on croyait que c’était la trace des danses des sorcières. On croyait aussi que marcher sur cette herbe ensorcelée faisait perdre son chemin. La réalité est moins légendaire. Quand un mycélium s’installe dans la prairie, la première année, il fructifie là où il est. Mais il épuise le sol à cet  endroit ; comme il est vivace, pour trouver une nourriture nouvelle, il va s’étendre sur son pourtour, pendant qu’il abandonne l’endroit qu’il a stérilisé pour lui-même. Il fructifiera sur cette petite ceinture, et l’année suivante, il s’étendra encore un peu plus loin sur son pourtour; ainsi de suite tous les ans. Et comme les mycéliums concentrent des nitrites, ces nitrites servent d’engrais et font pousser une herbe plus drue et plus verte, qui signale le cercle de très loin.

Certains de ces cercles peuvent durer très longtemps, et on en signale dans les grandes prairies des USA ou dans les steppes des pays de l’Est, qui ont un ou deux kilomètres de diamètre ! Cela veut dire qu’ils sont vieux de plusieurs siècles, puisque leur progression est de 20 à 30 cm par an. Le champignon étant éphémère, le mycélium, lui, est pratiquement immortel, sauf accident.

Les champignons poussent aussi en cercles dans les forêts, mais là, on ne peut s’en apercevoir qu’au moment de leur fructification, car aucune herbe verte ne les trahit.

On remarquera aussi que les cercles de champignons deviennent de plus en plus rares dans les prairies ; cette disparition est due aux engrais chimiques. Un épandage change brutalement la nature chimique du sol, et les mycéliums qui sont sans doute très exclusifs quant à la nature du terrain, en meurent aussitôt.   

C’est ainsi que beaucoup d’espèces praticoles du plus haut intérêt, autrefois communes, sont devenues introuvables. Il est remarquable que les ronds de sorcières n’existent presque pas dans les terrains siliceux,  et qu’on ne les voit guère que sur le calcaire. Voici une observation que tout le monde peut faire à l’occasion : la Lépiote pudique, qui ressemble à un champignon de couche dont les lamelles seraient blanches, se montre certaines années avec une abondance prodigieuse, et on peut rester plusieurs années sans la rencontrer. Cette abondance coïncide avec les invasions de campagnols. Les galeries de ces petits rongeurs constituent un milieu favorable à la croissance de leur mycélium, car la rosée s’y dépose pendant la nuit et y maintient une humidité propice. Le moment venu, on voit les champignons émerger des trous de campagnols, alors qu’ailleurs, ils sont introuvables.

                         Chercher  des champignons ne correspond pas à une simple cueillette. Il faut de l’attention, du flair, du raisonnement, de l’imagination, et une éducation sévère de la mémoire et de l’attention ; (Le fameux 5° sens de certains « bon champignonneur ».

 

 

 

 

 

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