MÉGAPHORBIAIE EUTROPHILE 

DESCRIPTION GÉNÉRALE

Une mégaphorbiaie est une végétation dominée par les grandes herbes, généralement à larges feuilles, vivant sur des sols riches et humides. Les mégaphorbiaies du Convolvulion sepium sont eutrophiles et se développent en eau douce, dans les parties moyennes à supérieures des cours d’eau et des lacs.

CONTEXTE PAYSAGER

Les mégaphorbiaies eutrophiles sont les plus répandues des végétations de hautes herbes et se rencontrent aussi bien dans les grands systèmes alluviaux dulçaquicoles de plaines inondables, que le long des petites vallées mais également dans les zones marécageuses. Elles se trouvent le plus souvent en situation de lisières, de clairières, au contact de prairies abandonnées ou encore le long des berges des cours d'eau ou de plans d'eau.

PHYSIONOMIE ET PHÉNOLOGIE

Végétation herbacée luxuriante haute et dense. Le cortège floristique est dominé par de grandes plantes à larges feuilles, non graminoïdes, se dégradant bien en hiver et le plus souvent accompagnées d'espèces volubiles (Liseron des haies, Grande cuscute, Houblon et Cuscute du Bident (Cuscuta scandens Brot.)... Notons que le terme "phorbe" (substantif féminin), désigne tout végétal herbacé à feuilles larges, il est tiré directement du grec [phorbé], qui signifie fourrage, nourriture pour le bétail. La présence d'inflorescences de couleurs vives et de plantes à pollinisation entomogame caractérise également les mégaphorbiaies. Ces groupements se développent le plus souvent en position d'ourlet hygrophile linéaire (bord de cours d'eau, de fleuves, ceintures de plans d'eau...), mais aussi spatial (clairières forestières, prairies humides délaissées, marais...). La végétation est dominée par des hémicryptophytes présentant une structure horizontale dense. Les mégaphorbiaies eutrophiles sont le plus souvent pluristratifiées, mais il arrive qu'elles soient également dominées par une seule strate. La hauteur selon le type de groupement peut varier, mais elle se situe le plus souvent entre 1,2 et 1,7 m de hauteur. La période optimale d'observation est estivale à tardi-estivale.

ÉCOLOGIE

Ces mégaphorbiaies sont liées aux eaux douces eutrophes et se développent généralement au niveau de stations bien ensoleillées, à légèrement ombragées. Le sol est inondé périodiquement et possède généralement de bonnes réserves en eau, mais il peut également s'assécher en surface pendant la période estivale. Le substrat est assez profond, souvent remanié et très riche en nutriments, particulièrement en azote.

DYNAMIQUE

Les mégaphorbiaies eutrophiles succèdent dynamiquement aux prairies humides mésotrophiles à eutrophiles. Elles peuvent également dériver de mégaphorbiaies plus "naturelles" sous l'effet d'une eutrophisation marquée en remplaçant les mégaphorbiaies mésotrophiles. Naturellement, une mégaphorbiaie eutrophile évolue vers un fourré humide. A la faveur de l'arrêt de certains facteurs biotiques (fauche bisannuelle, pâturage très extensif), la dynamique progressive de ces mégaphorbiaies mène au développement de fourrés puis de forêts hygrophiles. Les mégaphorbiaies constituent alors des ourlets linéaires en lisière des boisements ou plus rarement des ourlets en nappe en sous-bois favorisés par des trouées lumineuses.

CONTACTS TOPOGRAPHIQUES

D'un point de vue topographique, les mégaphorbiaies eutrophiles se situent entre le niveau des roselières et magnocariçaies et celui des prairies et des ourlets mésohygrophiles. Il arrive fréquemment de trouver certaines de ces espèces issues des contacts dans les cortèges des mégaphorbiaies comme notamment la Baldingère (Phalaris arundinacea L.), la Renoncule rampante (Ranunculus repens L.), l'Ortie dioïque (Urtica dioica L.)...

 

RÉPARTITION

Les mégaphorbiaies eutrophiles d'eau douce s'étendent largement dans les plaines et collines des domaines médioeuropéens, atlantique et localement méditerranéen. Elles sont par conséquent largement répandues en France métropolitaine, à l'exception de la région méditerranéenne où elles sont nettement plus rares. En Pays de la Loire, les mégaphorbiaies eutrophiles sont présentes dans l'ensemble de la région et sont particulièrement fréquentes le long des fleuves et rivières mais aussi au niveau des grandes zones marécageuses.

 

VALEUR PATRIMONIALE

Ce type de mégaphorbiaie présente un fond floristique généralement banal (espèces nitrophiles), mais il est également susceptible d'abriter certaines espèces peu communes dans notre région comme la Grande Cuscute (en régression dans l'ensemble de la région) ou la Pariétaire officinale (Parietaria officinalis L.), ponctuellement présente dans la partie est de la région où elle est parfois confondue avec des formes robustes de Pariétaire couchée (Parietaria judaica L.). Ces communautés peuvent présenter un intérêt européen en contexte alluvial avec des crues temporaires et sans perturbations anthropiques (les peuplements d'espèces invasives en sont exclus par exemple). C'est uniquement dans ce contexte que l'alliance du Convolvulion sepium se rattache à l'habitat d'intérêt communautaire 6430-4 (Mégaphorbiaies eutrophes des eaux douces). Les mégaphorbiaies sont également intéressantes sur le plan de l'autoépuration des eaux, de la fixation des berges et elles jouent aussi un rôle de corridor écologique pour la faune en général. Les mégaphorbiaies eutrophiles sont communes en Pays de la Loire et semblent être en progression.

 

DÉGRADATIONS ET MENACES

Ces communautés résultent souvent de la dégradation de mégaphorbiaies généralement plus mésotrophiles, par pollution des eaux de surface notamment. Les principales menaces qui pèsent sur les mégaphorbiaies eutrophiles sont le drainage de zones humides, le remblaiement, les plantations de ligneux (les peupliers en particulier), les dépôts de boues de curage, la prolifération de certaines espèces invasives.

 

GESTION

Les mégaphorbiaies primaires ne nécessitent pas de mesure de gestion particulière, la dynamique des cours d'eau et des fleuves au bord desquels elles se trouvent permettant de maintenir les conditions biotiques favorables à leur développement. Par exemple, l'érosion consécutive aux épisodes de crues limitent la dynamique naturelle et la colonisation par certains ligneux. A l'inverse, une mégaphorbiaie secondaire issue de la déprise agricole est étroitement liée à la gestion du milieu, en particulier à la fauche ou au pâturage. Selon leur intensité, ces pratiques peuvent faire évoluer la mégaphorbiaie par dynamique régressive, vers une prairie humide (Agrostietea stoloniferae).

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