LA BOTANIQUE

QU’EST-CE QUE LA BOTANIQUE ?

La botanique, nommée auparavant phytologie, est la science consacrée à l'étude des végétaux (du grec βοτανική ; féminin du mot βοτανικός qui signifie « qui concerne les herbes, les plantes »). Elle présente plusieurs facettes qui la rattachent aux autres sciences du vivant. La botanique générale recouvre la taxinomie (description des caractères diagnostiques et différentiels), la systématique (dénombrement et classification des taxons dans un certain ordre), la morphologie végétale (décrivant les organes ou parties des végétaux), l'histologie végétale, la physiologie végétale, la biogéographie végétale et la pathologie végétale. Certaines disciplines, comme la dendrologie, sont spécialisées sur un sous-ensemble des végétaux. La connaissance fine des végétaux trouve des applications dans les domaines de la pharmacologie, de la sélection et de l'amélioration des plantes cultivées, en agriculture, en horticulture, et en sylviculture.

La botanique est une discipline scientifique qui s'intéresse aux végétaux sous bien des facettes. Certains botanistes se focalisent ainsi sur la taxonomie, tandis que d'autres ont plus d'affinités pour la systématique, la morphologie, l'anatomie, la physiologie, l'histologie ou la pathologie végétale.

Le végétal : du microscopique au macroscopique

Les études botaniques peuvent être menées à de nombreux niveaux, en partant du moléculaire, en passant par la génétique, pour finalement aboutir, après bien d'autres étapes, à la communauté dans son ensemble.

La mycologie, l'étude des champignons, et la phycologie, l'étude des algues, sont régulièrement associés à la botanique. L'explication est historique. À ses débuts, cette discipline rassemblait tous les êtres vivants qui n'étaient pas des animaux. 

La botanique, ou phytologie, est la science qui regroupe l'ensemble des disciplines qui étudient les végétaux, la science de la biologie de la plante. Cette biologie végétale est une branche de la biologie impliquant l'étude scientifique des plantes vivantes, l'étude des plantes mortes est la paléobotanique.

Traditionnellement, la botanique inclut également l'étude des champignons, des algues et les virus. Le spécialiste est le botaniste, ou phytologiste. La botanique intègre la phyllotaxie, la science des feuilles.

 

Aujourd'hui, les botanistes étudient plus de 550.000 espèces d'organismes vivants, en pratiquant à la fois un inventaire de la végétation à l'aide d'un relevé botanique, en étudiant les raisons de la distribution des espèces en géographique botanique, avec la géobotanique, l'ethnobotanique et la phytosociologie. La notion de région botanique permet ainsi de délimiter les espaces ou contrées incluant des plantes endémiques ou propres à quelques régions.
 

La botanique couvre un large éventail de disciplines scientifiques, y compris la structure, la croissance, la reproduction, le métabolisme, le développement, les maladies, les propriétés chimiques, et les relations évolutives entre les groupes taxonomiques. La botanique a commencé avec les premiers efforts de l'homme pour identifier les plantes comestibles, plantes médicinales, plantes aromatiques et plantes toxiques, ce qui en fait une des plus anciennes branches de la science. La botanique trouve ainsi son origine dans la préhistoire comme l'herboristerie, puis dans l'étude des plantes naturopathiques.

À partir d'une première enquête abstraite scientifique, Théophraste, dès le 3 e et 2 e siècle av. J.C., a créé une systématisation du règne végétal.

Dans l'ère médiévale, les moines souvent attachés à des monastères, écrivaient sur des plantes d'importance médicale. Ils ont été les précurseurs des premiers jardins botaniques rattachés à des universités, fondés à partir des années 1540 et suivantes. Un des premiers fut le jardin botanique de Padoue. Ces jardins ont facilité l'étude académique de plantes. Les efforts visant à cataloguer et décrire leurs collections, botaniquement, ont été les débuts de la taxonomie des plantes, et ont conduit en 1753 à la création du système binomial de Linné, classification qui reste en usage à ce jour. Les botaniseurs, ancien nom des collectionneurs et chercheurs de plantes, disposait d'un respect pour la réalisation de botanicons, c'est-à-dire les herbiers.

La botanique appliquée, par opposition à la botanique pure, mène des enquêtes à destination des professionnels des plantes, avec des usages en agriculture, sylviculture, aquaculture et la technologie pharmaceutique. Sa connaissance affecte de nombreux aspects de notre vie et est donc une discipline étudiée par les biologistes, mais aussi par les pharmaciens, les agronomes, les forestiers, les écologistes, entre autres.
La botanique pure couvre un large éventail de contenus, y compris les propres aspects spécifiques des plantes et des disciplines biologiques portant sur la composition chimique (phytochimie), l'organisation cellulaire (cytologie végétale) et les tissus (histologie végétale), le métabolisme et la fonction des organes (physiologie des plantes), la croissance et le développement, la morphologie (phytographie), de la reproduction, l'héritage (génétique végétale), la maladie (pathologie végétale), les adaptations à l'environnement (écologie), la répartition géographique (phytogéographie ou géobotanique), du fossile (paléobotanique) et l'évolution.

Voici les deux grands maîtres de la botanique

Carl Von Linné & Charles Darwin
                                                                      

Linne  Darwin

 

 

 

Carl von Linné 1707-1778

 

Naissance
Råshult (Suède)
Décès (à 70 ans)
Uppsala (Suède)
Nationalité Drapeau de Suède Suédois
Domaines Botanique, médecine, zoologie

Renommé pour

Classification binominale

Linne 

BOTANISTE Carl Von Linné

Carl von Linné et le latin

Le système de classification est basé sur la langue latine. Ceci peut paraître difficile à retenir mais c’est un moyen de mettre tout le monde d’accord. Si nous prenons l’exemple du noisetier commun, indigène chez nous, celui-ci peut avoir plusieurs noms communs (ou "vulgaires") comme noisetier, coudrier, avelinier... En latin, celui-ci ne possède qu’un seul nom Corylus avellana, ainsi tout le monde sait de quel arbre nous parlons. Si nous vous parlons d’avelinier ceci est moins sûr !

C’est Carl von Linné qui eut l’idée de réunir les végétaux sous un seul nom. Il classifie les végétaux (et les animaux) comme suit :

Règne…> Division…> Classe…> Ordre…> Famille…> Genre…> Espèce…> Cultivar, Variété.

En 1753, il rédigea un ouvrage intitulé Species plantararum où il référençait 8000 plantes en utilisant sa classification. Afin de simplifier la lecture aux amateurs, deux termes sont principalement utilisés : le genre et l’espèce. Cette classification est alors appelée classification binomiale. Aujourd’hui encore, sur les étiquettes des pépinières, vous retrouverez principalement ces deux noms. Pour cet article nous allons vous expliquer les 4 derniers termes, soit la famille, le genre, l’espèce et les cultivars ou variétés. Nous terminerons par le terme d’hybride qui est un peu à part.

D'où viennent les noms ?

Les noms donnés proviennent des botanistes qui ont trouvé ces plantes, de leur couleur, de la forme particulière des feuilles, des insectes qu’ils attirent… Ainsi "Corylus" veut dire "casque", par analogie à la forme particulière des bractées et du fruit.

La famille

Elle regroupe les genres qui ont le plus de ressemblances entre eux, ils ont des caractères généraux en commun. La terminologie des familles chez les végétaux est –acées. Le noisetier fait alors partie de la famille des Bétulacées. Dans cette famille nous retrouvons aussi le bouleau (Betula sp), le charme (Carpinus sp), l’aulne (Alnus sp)...

Le genre

C’est le premier terme de la nomenclature binomiale. Il regroupe toutes les sortes de noisetiers sous un même terme qui est Corylus. Ce nom est donc en latin, il porte une majuscule et ne contient pas d’accent.

L’espèce

C’est le deuxième terme de la nomenclature binomiale selon Linné. Il s’écrit en minuscule, en latin et ne comporte pas d’accent. Il différencie alors les noisetiers entre eux une "première fois". Chez le noisetier nous pouvons différencier plusieurs espèces :

  • Corylus avellana – Noisetier commun, coudrier…
  • Corylus maxima – Noisetier de Lombardie, noisetier franc…
  • Corylus colurna – Noisetier de Bysance (arbre)

Ces trois espèces sont les plus connues; nous pouvons aussi trouver C. chinensis, C. cornuta, C. jacquemontii, C. heterophylla, etc. Nous remarquons une différence de feuilles, de port mais aussi de fruits, ils n’ont souvent pas la même origine géographique.

La variété / le cultivar

 Ce ne sont pas exactement les mêmes termes mais ils sont souvent utilisés de la même manière. Le cultivar est une variété de plante, qui est dit unique, souvent les cultivars ne se reproduisent pas par semence, contrairement à la variété. Ils sont alors dits stériles mais ils peuvent se bouturer (multiplication végétative). Ils sont obtenus par culture des végétaux.

Ces deux termes regroupent des individus d’une même espèce mais qui présentent encore des différences entre eux.
Des variétés sont obtenues en cultivant un panachage qui peut être dû à un virus, en modifiant le génome d’une plante, en cultivant et en faisant se reproduire une plante qui s’est modifiée naturellement lors de sa culture…etc. Ils s’écrivent en guillemets simples et portent une majuscule. Ils sont souvent moins stables que l’espèce type. Ils différencient les noisetiers entre eux une « seconde fois »
Nous retrouvons alors :

  • Corylus avellana 'Contorta'....> branches tortueuses
  • Corylus avellana 'Nottingham'....> donnent de grosses noisettes
  • etc.

Et :

  • Corylus maxima 'Purpurea'....> feuillage et noisettes pourpres
  • Corylus maxima 'Fertile de Coutard'...> Variété précoce, grosses noisettes arrondies
  • Corylus maxima 'Merveille de Bolwiller'...> Très grosses noisettes, forme conique, variété tardive
  • etc.

L’exemple ci-dessous vous montre un Corylus maxima 'Purpurea' qui perd, au fur et à mesure de sa croissance, sa couleur pourpre. Les nouvelles branches sont celles d’un Corylus maxima. Il produit alors deux sortes de feuillages et deux sortes de noisettes. Pour conserver le cultivar 'Purpurea', il faut alors supprimer toutes les branches de l’espèce type qui se forment. Sinon, cette dernière, plus stable, prendra l'ascendant sur le cultivar pourpre.

Qu'est-ce qu'un hybride ?

Nous terminerons cette classification avec ce terme qui est un peu à part mais que vous retrouverez assez souvent dans vos pépinières. Les hybrides sont des croisements entre mêmes genres ou mêmes espèces et qui ont des données génétiques différentes. Ils sont souvent plus "avantageux" que leurs parents car ils présentent une meilleure vigueur. Ils sont toutefois stériles.

Ce n’est pas la même chose qu’une manipulation génétique puisque l’hybridation se fait aussi naturellement. Les hommes obtiennent les hybrides par pollinisation contrôlée. Ils s’écrivent avec un ‘x’ devant le genre, s’il s’agit d’une hybridation de genres ou devant l’espèce, s’il s’agit d’une hybridation d’espèces.

Nous pouvons ainsi trouver Corylus x colurnoides, issu de l’hybridation entre les espèces Corylus avellana et Corylus colurna.

Carl Linnæus, puis Carl von Linné après son anoblissement, né le à Råshult et mort le à Uppsala, est un naturaliste suédois qui a fondé les bases du système moderne de la nomenclature binominale. Considérant, selon la formule d'Edward Coke « Nomina si nescis, perit cognitio rerum » (« la connaissance des choses périt par l'ignorance du nom »), que la connaissance scientifique nécessite de nommer les choses, il a répertorié, nommé et classé de manière systématique l'essentiel des espèces vivantes connues à son époque en s'appuyant sur ses propres observations comme sur celles de son réseau de correspondants. La nomenclature qu'il établit alors, et la hiérarchisation des classifications en classe, genre, ordre, niveau, espèce et variété, s'impose au XIXe siècle comme la nomenclature standard.

Père du concept de biodiversité par son identification de près de 6 000 espèces végétales et 4 400 animales1, sa classification s'inscrit dans un contexte historique plurimillénaire où la notion d'évolution des espèces n'existe pas encore, depuis la classification du philosophe grec Aristote, d'une part, et la doctrine biblique créationniste, d'autre part. Elle est donc fixiste et constitue le modèle dominant du rapport de proximité anatomique entre les espèces jusqu'au XIXe siècle. La classification intègrera le concept d'évolution à la suite de Jean-Baptiste de Lamarck fondateur du transformisme.

Histoire de son nom

Linne 2

Linné en costume de lapon (entre 1735 et 1740).

Le grand nomenclateur que fut Linné, qui consacra sa vie à nommer la plupart des objets et êtres vivants, puis à les ordonner selon leur rang, eut lui-même maille à partir avec sa propre identité, son nom et même son prénom ayant été remaniés tant de fois au cours de sa vie qu’on ne dénombre pas moins de neuf binômes (on voulait dire bi-noms, en deux noms) et autant de synonymes.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la plupart des Suédois ne portent pas encore de noms de famille. Aussi le grand-père de Linné, conformément à la tradition scandinave, s’appelait Ingemar Bengtsson (signifiant « Ingemar, fils de Bengt ») et son propre fils, le père de Linné, fut d’abord connu sous le nom de « Nils Ingemarsson » (signifiant « Nils, fils d’Ingemar »).

Mais Nils, pour répondre aux exigences administratives lors de son inscription à l’université de Lund, doit choisir un patronyme. Sur les terres familiales pousse un grand tilleul. La propriété en porte déjà le nom : Linnagård (ou Linnegård), toponyme formé de linn (variante aujourd’hui obsolète de lind, « tilleul » en suédois) et de gård, « ferme »). Plusieurs membres de la famille s’en sont déjà inspirés pour former des patronymes comme Lindelius (à partir de lind) ou Tiliander (à partir de Tilia, « tilleul » en latin). Il est par ailleurs de bon ton, dans les milieux instruits de pratiquer le latin. Nils choisit donc une forme latinisée et devient « Nils Ingemarsson Linnæus ».

Honorant ensuite le très populaire souverain de Suède de l’époque Charles XII, (en suédois Karl XII, 1682-1718), Nils donne le prénom du roi à son fils, qui débute donc son existence en s’appelant « Carl Nilsson » (signifiant « Carl, fils de Nils »), puis Karl Linnæus, le plus souvent orthographié « Carl Linnæus ».

Lorsque Carl Linnæus s’inscrit à l’université de Lund à l’âge de vingt ans, son prénom est enregistré sous la forme latinisée de Carolus. Et c’est sous ce nom de Carolus Linnæus, qu’il publie ses premiers travaux en latin.

Parvenu à une immense notoriété et en qualité de médecin de la famille royale de Suède, il est anobli en 1761 et prend en 1762 le nom de « Carl von Linné », Linné étant un diminutif (« à la française », selon la mode de l’époque dans nombre de pays de langue germanique) de Linnæus et von étant la particule nobiliaire (allemande). Dans le monde francophone comme en Suède, il est aujourd’hui communément connu sous le nom de « Linné ».

En botanique, où les citations d’auteurs sont souvent abrégées, on emploie l’abréviation standardisée « L. »3. Il est d’ailleurs le seul botaniste à avoir le grand privilège d’être abrégé en une seule lettre.

En zoologie, où il est d’usage de citer le nom patronymique complet de l’auteur du taxon, on emploie « Linnæus » (ou sa graphie sans ligature latine « Linnaeus », adoptée en anglais et plus pratique pour les utilisateurs de claviers dits internationaux) à la suite des taxons qu’il a décrits, et plus rarement « Linné », car c’est sous son nom universitaire « Linnæus » que ses principaux travaux de taxinomie zoologique jusqu’à 1761 ont été publiés (sauf les 1 500 noms d’espèces d’animaux nouveaux établis en 1766/1767 dans la 12e édition de Systema naturae, pour lesquelles on utilise habituellement en français le nom d’auteur « Linné »). De plus, à la différence de son prénom (Carolus), « Linnæus » n’est pas une transcription latine a posteriori, mais son véritable patronyme.

Quant à ses œuvres, elles furent publiées jusqu’en 1762 sous les noms de « Caroli Linnæi » (qui est la forme génitive, signifiant « de Carolus Linnæus »), ou encore « Carl Linnæus » ou seulement « Linnæus ». En 1762, sur la page de couverture de la seconde édition de Species plantarum, le nom est encore imprimé de cette manière. Mais ensuite, il n’apparaît plus imprimé que dans sa forme nobiliaire « Carl von Linné » ou « Carolus a Linné » (le a ou ab étant la traduction latine de von). Dans quelques bibliothèques, il est généralement entré comme « Linnaeus, Carolus (Carl von Linné) », d'autres utilisent « Carl von Linné ».

En français, on trouve aussi parfois le nom sous la forme entièrement francisée « Charles Linné », notamment dans les ouvrages du XVIIIe siècle et encore aujourd’hui dans des noms de rue, mais aussi dans quelques ouvrages récents.

Carl Von Linné et la classification des plantes

Carl von Linné, médecin naturaliste suédois du 18e siècle, était passionné de botanique depuis son enfance. Nous lui devons aujourd’hui le système binominal et les bases de la classification des êtres vivants : végétaux, animaux et champignons.

Biographie de Carl Von Linné

Linné naquit en 1707 dans une région campagnarde suédoise : une belle et riche région du point de vue d’un naturaliste. Son père, passionné de plante, lui fit découvrir le jardin dès son plus jeune âge, exerçant son esprit à l’observation de la nature.

Linné se faisait remarquer par ses divers enseignants en botanistes partout où il allait. C’est ainsi qu’à la place de devenir pasteur comme son père, à 20 ans, il commençât des études en médecine (et herboristerie) à Uppsala.   Il se créa alors un patronyme, Carolus Linnaeus, alors que l’expression « fil de Nils » était encore d’usage à cette époque. Le directeur du Jardin botanique d’Uppsala, Olof Rudbec, le prit sous son aile et le laissa profiter de sa bibliothèque et de sa riche documentation. A 24 ans, Linné commençait déjà à classer les végétaux.

Biographie de Carl Von Linné

Linné naquit en 1707 dans une région campagnarde suédoise : une belle et riche région du point de vue d’un naturaliste. Son père, passionné de plante, lui fit découvrir le jardin dès son plus jeune âge, exerçant son esprit à l’observation de la nature.

Linné se faisait remarquer par ses divers enseignants en botanistes partout où il allait. C’est ainsi qu’à la place de devenir pasteur comme son père, à 20 ans, il commençât des études en médecine (et herboristerie) à Uppsala.   Il se créa alors un patronyme, Carolus Linnaeus, alors que l’expression « fil de Nils » était encore d’usage à cette époque. Le directeur du Jardin botanique d’Uppsala, Olof Rudbec, le prit sous son aile et le laissa profiter de sa bibliothèque et de sa riche documentation. A 24 ans, Linné commençait déjà à classer les végétaux.

 Puis vint le temps des expéditions scientifiques, notamment en Dalécartie (Suède) et en Laponie, des régions encore méconnues à cette époque. Linné  parcoure 7000 km en laponie et y découvre une centaines d’espèces botaniques. 

Après quelques voyages scientifiques, diverses prises de contact avec des botanistes européens, Carolus Linnaeus devint médecin vers ses 30 ans. De retour en Suède, il fonda une famille et pratiqua la médecine avant d’obtenir enfin un poste en botanique à l’université en 1941.

Il devint médecin du roi et fut anobli en 1761. Carl von Linné était alors devenu célèbre. Il mourut en 1978 à 71 ans.

L’œuvre de Linné pour la botanique

Le nom binominal

Avant Linné, les plantes n’avaient pas de nom scientifique, elles étaient seulement distinguées par une phrase latine descriptive :

Ex pour la tomate. Son ancien « nom » était Solanum caule inermis herbaceo, folis pinnatis incisis, racemis simplicibus, c’est-à-dire « Solanacée herbacée à tiges lisses, à feuilles découpées, à tiges simples ».   A la place, Linné utilise un nom latin qui définit le genre et un adjectif qui qualifie précisément l’espèce : Solanum lycopersicum.

L’ancien système était tellement peu pratique que le système binominal latin proposé par Linné est bien accueilli. Pourtant, le nom binominal en latin avait été mis au point par Jean Bauhin plus d’un siècle auparavant, mais ce dernier n’avait pas su l’imposer.

La classification des plantes

Linné, et c’est son talent, n’a de cesse de rassembler, organiser, classifier les connaissances de ses prédécesseurs. Il met ainsi en avant les similitudes et ressemblances des plantes pour les regrouper entre elles. Il met l’accent notamment, pour définir familles et genres, sur les points communs de l’appareil reproducteur (la fleur chez les plantes supérieures), et mets en évidence ainsi 24 classes en fonction de la formule florale. Ce système est à la base de celui utilisé encore aujourd’hui. Il y met en avant un ordre hiérarchique des espèces. Par ailleurs, tous les végétaux nommés antérieurement à cette classification ont été requalifiés.

Pour la petite histoire. Certains des contemporains de Linné étaient critiques sur cette classification versée sur « les organes sexuels ». Le botaniste Johann Sigesbeck en fut remercié en donnant son nom à une mauvaise herbe : Siegesbeckia orientalis L., baptisée par Linné comme l‘indique le L à la fin du binôme.

Il publia Flora laponica, la flore de Laponie, en utilisant cette classification, un travail issu de ses descriptions de plante en Laponie.

Son ouvrage sur la classification fut publié dès 1735, Systema naturæ, puis révisé tout le long de sa vie. Cette classification s’adapte également au règne des animaux et champignons. C’est ainsi que l’être humain gagna son nom latin et qu’il fut classé parmi les primates. Il arrive à faire ce travail malgré sa foi religieuse et le créationnisme (espèces créées par Dieu) qu’elle implique. Il croit donc à la fixité des espèces.

A sa mort, Carl Von Linné laisse environ 18 000 descriptions de plantes dont un certain nombre qu’il a baptisées, ainsi que 3000 descriptions d’insectes.

BOTANISTE : CHARLES DARWIN

Darwin

Biographie

Naissance

12 février 1809

 


The Mount (en)

Décès

19 avril 1882

 

(à 73 ans)
Down House

Sépulture

Abbaye de Westminster

Nom dans la langue maternelle

Charles Robert Darwin

Nom de naissance

Charles Robert Darwin

Abréviation en botanique

Darwin

Nationalité

Britannique

Formation

Christ's College
Shrewsbury School
University of Edinburgh Medical School
Université de Cambridge

Activités

Biologiste, géologue, explorateur, écrivain voyageur, éthologue, entomologiste

 

 

Charles Darwin /tʃɑːlz ˈdɑː.wɪn/ (né le 12 février 1809 à Shrewsbury dans le Shropshire – mort le 19 avril 1882 à Downe dans le Kent) est un naturaliste et paléontologue anglais dont les travaux sur l'évolution des espèces vivantes ont révolutionné la biologie avec son ouvrage De l'origine des espèces paru en 1859. Célèbre au sein de la communauté scientifique de son époque pour son travail sur le terrain et ses recherches en géologie, il a adopté l'hypothèse émise 50 ans auparavant par le français Jean-Baptiste de Lamarck selon laquelle toutes les espèces vivantes ont évolué au cours du temps à partir d'un seul ou quelques ancêtres communs et il a soutenu avec Alfred Wallace que cette évolution était due au processus dit de la « sélection naturelle ».

Darwin a vu de son vivant la théorie de l'évolution acceptée par la communauté scientifique et le grand public, alors que sa théorie sur la sélection naturelle a dû attendre les années 1930 pour être généralement considérée comme l'explication essentielle du processus d'évolution. Au XXIe siècle, elle constitue en effet la base de la théorie moderne de l'évolution. Sous une forme modifiée, la découverte scientifique de Darwin reste le fondement de la biologie, car elle explique de façon logique et unifiée la diversité de la vie.

L'intérêt de Darwin pour l'histoire naturelle lui vint alors qu'il avait commencé à étudier la médecine à l'université d'Édimbourg, puis la théologie à Cambridge. Son voyage de cinq ans à bord du Beagle l'établit dans un premier temps comme un géologue dont les observations et les théories soutenaient les théories actualistes de Charles Lyell. La publication de son journal de voyage le rendit célèbre. Intrigué par la distribution géographique de la faune sauvage et des fossiles dont il avait recueilli des spécimens au cours de son voyage, il étudia la transformation des espèces et en conçut sa théorie sur la sélection naturelle en 1838. Il fut fortement influencé par les théories de Georges-Louis Leclerc de Buffon.

Ayant constaté que d'autres avaient été qualifiés d'hérétiques pour avoir avancé des idées analogues, il ne se confia qu'à ses amis les plus intimes et continua à développer ses recherches pour prévenir les objections qui immanquablement lui seraient faites. En 1858, Alfred Russel Wallace lui fit parvenir un essai qui décrivait une théorie semblable, ce qui les amena à faire connaître leurs théories dans une présentation commune. Son livre de 1859, De l'origine des espèces, fit de l'évolution à partir d'une ascendance commune l'explication scientifique dominante de la diversification des espèces naturelles. Il examina l'évolution humaine et la sélection sexuelle dans la Filiation de l'homme et la sélection liée au sexe, suivi par l'Expression des émotions chez l'homme et les animaux. Ses recherches sur les plantes furent publiées dans une série de livres et, dans son dernier ouvrage, il étudiait les lombrics et leur action sur le sol.

Biographie

Enfance et études

Darwin 2 1

Charles Darwin à l'âge de sept ans en 1816, un an avant la mort de sa mère.

Charles Darwin est né dans la maison familiale, dite « maison Mount ». Il est le cinquième d’une fratrie de six enfants d’un médecin et financier prospère, Robert Darwin (1766-1848), et de Susannah Darwin (née Wedgwood) (1765-1817). Il est le petit-fils du célèbre naturaliste et poète Erasmus Darwin (1731-1802) du côté paternel et de Josiah Wedgwood (1730-1795), du côté de sa mère. Chacune des deux familles est de confession unitarienne, bien que les Wedgwood aient adopté l’anglicanisme. Robert Darwin, plutôt libre-penseur, accepte que son fils Charles soit baptisé à l’église anglicane. Néanmoins, les enfants Darwin fréquentent avec leur mère la chapelle unitarienne. Le prêcheur de celle-ci devient le maître d’école de Charles en 1817. En juillet de la même année, Susannah Darwin décède alors que Charles n'a que huit ans. En septembre 1818, il entre au pensionnat de l’école anglicane voisine, l'école de Shrewsbury. Aimant peu les matières théoriques scolaires, il préfère galoper à cheval dans la campagne avec son chien, chasser, herboriser, collecter des animaux et des pierres.

Darwin passe l’été de 1825 comme apprenti médecin auprès de son père qui soigne les pauvres du Shropshire. À l’automne de la même année, il part en Écosse, à l’université d'Édimbourg pour y étudier la médecine, mais il est révolté par la brutalité de la chirurgie et néglige ses études médicales. Il apprend la taxidermie auprès de John Edmonstone, un esclave noir libéré, qui lui raconte des histoires fascinantes sur les forêts tropicales humides d’Amérique du Sud. Plus tard, dans La Filiation de l'homme et la sélection liée au sexe, il se sert de cette expérience pour souligner que, malgré de superficielles différences d’apparence, « les Nègres et les Européens » sont très proches.

Durant sa seconde année, Charles Darwin rejoint la Société plinienne (ainsi nommée en hommage à Pline l'Ancien considéré comme le premier naturaliste), un groupe d’étudiants spécialement intéressés par l’histoire naturelle et au sein de laquelle il fait quelques allocutions. Il devient un élève de Robert Edmond Grant, partisan de la théorie de l’évolution du naturaliste français Jean-Baptiste de Lamarck, tout comme son grand-père Erasmus Darwin l'avait été. Sur les rivages du Firth of Forth, Charles participe aux recherches de Grant sur les cycles vitaux des animaux marins. Ces recherches portent sur l’homologie, théorie selon laquelle tous les animaux ont des organes similaires ne différant que par leur complexité, ce qui indique leur ascendance commune. En mars 1827, Darwin fait un exposé devant ses camarades pliniens sur sa propre découverte : les spores noires souvent trouvées dans des coquilles d’huîtres sont selon lui les œufs d’une sangsue. Il suit également les cours de Robert Jameson, s’initie à la stratigraphie géologique, à la classification des plantes et utilise les riches collections du muséum de l'université, l’un des plus riches d’Europe de son temps.

En 1827, son père, insatisfait par l’absence de progrès de son jeune fils, l’inscrit pour obtenir un Bachelor of Arts au Christ's College de Cambridge. Il s’agit de lui donner un diplôme de théologie, dans l'espoir que Charles devienne pasteur anglican. Néanmoins, Darwin aime mieux monter à cheval et chasser que se consacrer à ses études. Avec son cousin William Darwin Fox, il commence à se passionner pour la collection des coléoptères. Fox lui fait rencontrer le révérend John Stevens Henslow, professeur de botanique et grand connaisseur de ces insectes. Darwin rejoint alors les cours d’histoire naturelle d’Henslow et devient son élève préféré. Il est alors connu des autres professeurs comme « l’homme qui marche avec Henslow ». Quand les examens se rapprochent, Darwin se concentre sur ses études et reçoit des cours privés d’Henslow. Le jeune homme est particulièrement enthousiaste au sujet des écrits de William Paley, dont la Théologie naturelle (1802) et la conception divine de la nature le fascinent.

« Pour passer l’examen de bachelier, il était également nécessaire de posséder les Évidences du christianisme de Paley et sa Philosophie morale. J’y mis un grand soin, et je suis convaincu que j’aurais pu transcrire la totalité des Évidences avec une correction parfaite, mais non, bien sûr dans la langue de Paley. La logique de ce livre, et je puis ajouter, de sa Théologie naturelle, me procura autant de plaisir qu’Euclide. L’étude attentive de ces ouvrages, sans rien essayer d’apprendre par cœur, fut la seule partie du cursus académique qui, comme je le sentais alors et comme je la crois encore, se révéla de quelque utilité pour l’éducation de mon esprit. Je ne me préoccupais pas à cette époque des prémisses de Paley ; m’y fiant d’emblée, j’étais charmé et convaincu par la longue chaîne de son argumentation. »

Von Sydow a avancé l'idée que l’enthousiasme de Darwin pour l’« adaptationisme » religieux de Paley a paradoxalement joué un rôle, plus tard, lors de la formulation de sa théorie de la sélection naturelle. Il passe ses examens en janvier 1831 et, s’il réussit bien en théologie, il remporte de justesse les épreuves de littérature classique, de mathématiques et de physique, arrivant dixième sur une liste de 178 élèves reçus.

Les obligations universitaires obligent Darwin à rester à Cambridge jusqu’en juin. Suivant les conseils d’Henslow, il ne hâte pas son entrée dans les Ordres. Inspiré par le journal de voyage du naturaliste allemand Alexander von Humboldt, il organise un voyage dans l’île de Tenerife avec quelques camarades d’études eux-mêmes fraîchement diplômés, afin d’étudier l’histoire naturelle des tropiques. Pour mieux se préparer, Darwin rejoint les cours de géologie du révérend Adam Sedgwick et, durant l’été, l’assiste à la réalisation d'une carte géologique dans le pays de Galles. Après avoir passé une quinzaine de jours avec des amis étudiants à Barmouth, Darwin retourne chez lui et découvre une lettre d’Henslow qui le recommande comme naturaliste approprié (même si sa formation n’est pas complète) pour un poste non payé auprès de Robert FitzRoy, capitaine de l’HMS Beagle, lequel part quatre semaines plus tard pour faire la cartographie de la côte de l’Amérique du Sud. Son père s’oppose d’abord à ce voyage de deux ans qu’il considère comme une perte de temps, mais il est finalement convaincu par son beau-frère, Josiah Wedgwood II, et finit par donner son accord à la participation de son fils.

Voyage du Beagle

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Le voyage du Beagle (27 décembre 18312 octobre 1836).

Sur les cinq années de l'expédition du Beagle (1831-1836), Darwin passe les deux tiers du temps à terre. Il fait un grand nombre d'observations géologiques, récolte des organismes vivants ou fossiles, et conserve avec méthode une riche collection de spécimens, bon nombre d'entre eux étant nouveaux pour la science. À plusieurs reprises durant le voyage, il envoie des spécimens à Cambridge, accompagnés de lettres sur ses découvertes. Cela va contribuer à établir sa réputation de naturaliste. Ses longues notes détaillées montrent sa capacité à théoriser et forment la base de ses travaux ultérieurs. Le journal qu’il tient alors, à l’origine destiné à sa famille, est publié sous le titre The Voyage of the Beagle (Le Voyage du Beagle). Il y récapitule ses observations, et fournit des informations sociales, politiques et anthropologiques sur un grand nombre de personnes qu’il rencontre, coloniaux comme indigènes.

Avant le départ, Robert FitzRoy avait donné à Darwin le premier volume des Principles of Geology de Sir Charles Lyell qui explique les reliefs terrestres par l’accumulation de processus graduels sur de très longues périodes de temps. À leur première escale à l’île de Santiago au Cap-Vert, Darwin observe une bande blanche en altitude dans des falaises volcaniques, bande composée de fragments de coraux et de coquillages cuits. Cette observation, conforme au principe de Lyell sur la lente montée ou descente des reliefs, ouvre à Darwin une nouvelle perspective sur l'histoire géologique de l'île, et lui donne l'idée d'écrire un livre sur la géologie. Cette découverte sera suivie par d’autres encore plus décisives. Il observe que les plaines de Patagonie sont constituées de galets et de coquillages, comme des plages surélevées ; par ailleurs, après un tremblement de terre au Chili, il remarque des bancs de moules au-dessus du niveau des pleines mers, ce qui indique que le niveau de la terre a été récemment surélevé. En altitude, dans les Andes, il observe que des arbres fossiles se sont développés sur une plage de sable, à proximité de coquillages marins. Enfin, il émet la théorie selon laquelle les atolls coralliens se forment sur des cônes volcaniques en cours de submersion, ce qu'il confirme après que le Beagle est passé dans les îles Cocos.

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Alors que le Beagle explore les côtes sud-américaines (ici la Terre de Feu), Darwin commence à théoriser sur les merveilles de la nature autour de lui. Peinture de Conrad Martens réalisée pendant le voyage.

En Amérique du Sud, Darwin découvre des fossiles de mammifères géants éteints inclus dans des couches de coquillages marins récents, ce qui indique une extinction récente sans pour autant révéler de traces de catastrophe ou de changement climatique. Bien qu’il identifie correctement l’un de ces fossiles à un Megatherium et qu’il reconnaisse des fragments de carapace de tatou local, il estime que ces restes sont reliés à des espèces africaines ou européennes ; c’est seulement après son retour que Sir Richard Owen démontre que ces restes sont en réalité proches de créatures ne vivant qu'en Amérique.

Le deuxième volume de l’ouvrage de Charles Lyell argumente contre le transformisme de Lamarck et explique la distribution des espèces par des « centres de création » (la création divine ne se serait pas déroulée en une fois, mais en plusieurs fois, après des catastrophes ayant fait disparaître les espèces précédentes). Darwin le reçoit et le lit avec attention, il en déduit des idées qui dépassent ce qu'avait imaginé Lyell. En Argentine, il observe que les deux types de nandous occupent des territoires séparés mais se chevauchant en partie. Sur les îles Galápagos, il collecte des miminis et note qu’ils diffèrent en fonction de l’île de provenance. Il avait également entendu dire que les Espagnols vivant dans ces régions sont capables de dire d’où viennent les tortues à leur simple aspect, mais les Espagnols ont conclu qu’ils les ont eux-mêmes introduites. En Australie, l’ornithorynque et le rat-kangourou lui semblent si étranges qu’ils semblent avoir été l’œuvre de deux créateurs différents.

Au Cap, Darwin et FitzRoy rencontrent Sir John Herschel, qui avait depuis peu écrit à Lyell au sujet du « mystère des mystères », l’origine des espèces. Lorsqu’il organise ses notes pendant son voyage de retour, Darwin écrit que si ses soupçons au sujet des miminis et des tortues sont justes, « de tels faits sapent la stabilité des espèces », puis, il ajoute prudemment le conditionnel « pourraient ». Il écrit plus tard que « de tels faits m’ont semblé jeter un peu de lumière sur l’origine des espèces ».

Trois indigènes de la Terre de Feu qui avaient été accueillis par le Beagle lors de son précédent voyage sont à bord : ils y reviennent comme missionnaires. Durant leur séjour de deux ans en Angleterre, ils sont devenus des « civilisés », aussi leurs proches apparaissent-ils à Darwin comme des « sauvages malheureux et avilis ». Un an plus tard, les missionnaires qui ont été laissés sur place ont abandonné leur mission et seul Jimmy Button vient à leur rencontre ; il est en effet retourné à la vie sauvage et il leur annonce qu'il n'a « aucun désir de retourner en Angleterre » et qu'il est « content et comblé » de son sort. À cause de cette expérience, Darwin vient à penser que l'homme n'est pas tant éloigné des animaux, et que la différence est surtout due à des différences d'avancées culturelles entre civilisations plutôt qu'à des différences raciales. Il déteste l’esclavage qu’il a vu ailleurs en Amérique du Sud, et est désolé des effets du peuplement européen sur les aborigènes d'Australie comme sur les Māori de Nouvelle-Zélande. FitzRoy est chargé d’écrire le récit officiel du voyage du Beagle ; peu avant la fin du périple, il lit le journal de Darwin et lui demande de le retravailler afin d'en faire le troisième volume, celui consacré à l’histoire naturelle.

Début de la théorie de l'évolution de Darwin

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Encore jeune homme, Charles Darwin rejoint l'élite scientifique britannique. Portrait de George Richmond, fin des années 1830.

Alors que Darwin est toujours en voyage, Henslow travaille à faire connaître son ancien élève en communiquant à des naturalistes éminents des exemplaires de fossiles et une brochure de Darwin contenant ses lettres sur la géologie. Au retour du Beagle, le 2 octobre 1836, Charles Darwin est devenu une célébrité dans les cercles scientifiques. Après être passé à sa maison de Shrewsbury et avoir revu sa famille, il retourne au plus vite à Cambridge pour voir Henslow, qui lui conseille de trouver des naturalistes capables de décrire les collections et d'en établir le catalogue, et qui accepte lui-même de s'occuper des spécimens de botanique. Le père de Darwin rassemble alors des fonds qui permettent à son fils de devenir un homme de science financièrement indépendant. C'est donc un Darwin enthousiaste qui fait le tour des institutions de Londres dans lesquelles il est partout honoré. Il cherche alors des experts pour décrire les collections, mais les zoologistes ont un énorme retard dans leur travail et certains spécimens courent le risque d'être tout simplement oubliés dans les réserves.

C'est avec une grande curiosité que Charles Lyell rencontre Darwin pour la première fois, le 29 octobre, et il se hâte de le présenter à Sir Richard Owen, un anatomiste promis à un bel avenir, qui a à sa disposition les équipements du Collège royal de chirurgie pour étudier les ossements fossiles que Darwin a recueillis. Parmi les résultats surprenants d'Owen figurent des paresseux géants, un crâne semblable à celui d'un hippopotame appartenant au Toxodon, un rongeur éteint, ainsi que des fragments de carapace d'un énorme tatou disparu (le glyptodon), et que Darwin a dès le départ conjecturé. Ces créatures fossiles n'ont en effet aucun rapport avec les animaux africains, mais sont étroitement liées aux espèces vivant en Amérique du Sud.

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La première esquisse de Darwin d'un arbre phylogénétique tirée de son First Notebook on Transmutation of Species (1837).

À la mi-décembre, Darwin se rend à Cambridge pour organiser le travail sur ses collections et réécrire son journal. Il rédige son premier article où il montre que la masse continentale sud-américaine connaît une lente surrection et, chaudement appuyé par Lyell, le lit à la Société géologique de Londres le 4 janvier 1837. Le même jour, il offre à la Société zoologique ses exemplaires de mammifères et d'oiseaux. L'ornithologue John Gould ne tarde pas à faire savoir que les oiseaux des Galápagos que Darwin croit être un mélange de merles, de « gros-becs » et de fringillidés, constituent, en fait, treize espèces distinctes de fringillidés. Le 17 février 1837, Darwin est élu au Conseil de la Société géographique et, dans son adresse présidentielle, Lyell présente les conclusions d'Owen sur les fossiles de Darwin, en insistant sur le fait que la continuité géographique des espèces confirme ses idées actualistes.

Le 6 mars 1837, Darwin s'installe à Londres pour se rapprocher de sa nouvelle charge à la société de géographie. Il se joint au cercle formé autour de scientifiques et de savants comme Charles Babbage notamment, qui croit que Dieu a d'avance ordonné la vie selon des lois naturelles sans procéder à des créations miraculeuses ad hoc. Darwin vit près de son frère Erasmus, un libre-penseur, qui fait partie du cercle Whig et dont l'amie intime, l'auteur Harriet Martineau, promeut les idées de Thomas Malthus qu'on trouve à la base des réformes de la Poor Law prônées par les Whigs. La question de Sir John Herschel sur l'origine des espèces est alors abondamment discutée. Des personnalités du milieu médical, y compris le Dr James Manby Gully vont même jusqu'à rejoindre Grant dans ses idées de transformation des espèces, mais aux yeux des scientifiques amis de Darwin une hérésie aussi radicale met en péril la base divine de l'ordre social déjà menacé par la récession et les émeutes.

Consécutivement John Gould fait savoir que les moqueurs polyglottes des Galápagos originaires des différentes îles sont des espèces distinctes et pas seulement des variétés, tandis que les « troglodytes » constituent encore une autre espèce de fringillidés. Darwin n'a pas noté précisément de quelles îles proviennent les exemplaires de fringillidés, mais il trouve ces renseignements dans les notes d'autres membres de l'expédition sur le Beagle, y compris celles de FitzRoy, qui a enregistré plus soigneusement ce qu'ils ont eux-mêmes collecté. Le zoologiste Thomas Bell montre que les tortues des Galápagos sont indigènes dans l'archipel. Avant la mi-mars, Darwin est convaincu que les animaux, une fois arrivés dans les îles, se sont en quelque sorte modifiés pour former sur les différentes îles des espèces nouvelles ; il réfléchit à cette transformation en notant le résultat de ses pensées sur le « carnet rouge » qu'il a commencé sur le Beagle. À la mi-juillet, il commence son carnet secret, le « carnet B », sur cette transformation et, à la page 36, il écrit « je pense » au-dessus de sa première esquisse d'un arbre montrant l'évolution.

Surmenage, maladie et mariage

Alors qu'il est absorbé dans l'étude du transformisme, Darwin est pris par des travaux supplémentaires. Tandis qu'il en est encore à réécrire son Journal, il entreprend de réviser et de publier les rapports d'experts sur ses collections et, avec l'aide de Henslow, obtient une subvention de 1 000 livres sterling pour financer l'écriture de Zoologie du Voyage du H.M.S. Beagle, éditée en plusieurs volumes. Il accepte des délais impossibles à tenir pour cette tâche ainsi que pour un livre sur la Géologie de l'Amérique du Sud qui soutient les idées de Lyell. Darwin finit de rédiger son Journal le 20 juin 1837, juste au moment où la reine Victoria monte sur le trône, mais il lui reste encore à corriger les épreuves.

La santé de Darwin souffre d'une réelle surcharge de travail. Le 20 septembre 1837, il ressent des « palpitations du cœur ». Son médecin lui ayant prescrit un mois de repos, il se rend alors à Shrewsbury chez des parents du côté maternel à Maer Hall mais il les trouve trop curieux de ses histoires de voyages pour lui laisser quelque repos. Sa cousine Emma Wedgwood, charmante, intelligente et cultivée, et de neuf mois plus âgée que Darwin, soigne la tante de celui-ci, laquelle est invalide. Son oncle Jos lui fait voir un endroit où des cendres ont disparu sous la glaise et suggère qu'il peut s'agir du travail des lombrics. C'est ainsi l'origine d'une conférence que Darwin fait à la Société géologique le 1er novembre, dans laquelle il démontre pour la première fois le rôle des lombrics dans la formation des sols.

William Whewell incite Darwin à accepter la charge de secrétaire de la Société géologique. Après avoir d'abord refusé cette tâche supplémentaire, il accepte le poste en mars 1838A 20. En dépit de la besogne apportée par les travaux d'écriture et d'édition, il réalise des progrès remarquables sur le transformisme. Tout en gardant secrètes ses idées sur l'évolution, il ne manque aucune occasion d'interroger les naturalistes expérimentés et, de façon informelle, les gens qui possèdent une expérience pratique comme les fermiers et les colombophiles. Avec le temps sa recherche s'élargit : il se renseigne auprès de sa famille, enfants compris, du majordome de la famille, de voisins, de colons et d'anciens compagnons de bord. Il englobe le genre humain dans ses spéculations initiales et, le 28 mars 1838, ayant observé un singe au zoo, il note la ressemblance entre son comportement et celui d'un enfant.

Tous ces efforts finissent par se faire sentir et, dès juin, il est forcé de s'aliter quelques jours sans interruption en raison de problèmes d'estomac, de migraines et de symptômes cardiaques. Tout le reste de sa vie, il devra plusieurs fois s'arrêter de travailler avec des épisodes de douleurs à l'estomac, de vomissements, de furoncles sévères, de palpitations, de tremblements et d'autres malaises, surtout dans les moments de tension, comme lorsqu'il doit assister à des réunions ou répondre à des controverses sur sa théorie. La cause de cette maladie reste inconnue de son vivant, et les traitements n'ont que peu de succès. Des essais récents de diagnostic suggèrent la maladie de Chagas, que lui ont peut-être communiquée des piqûres d'insectes en Amérique du Sud, la maladie de Menière, ou encore différents troubles psychologiques, comme le trouble panique. Les spécialistes restent encore dans l'incertitude à ce sujet.

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Charles Darwin choisit de se marier avec sa cousine, Emma Wedgwood.

Le 23 juin 1838, il fait une pause dans son travail en allant faire un peu de géologie en Écosse. Il visite Glen Roy par un temps radieux pour voir les « terrasses » parallèles, ces replats taillés à flanc de coteau. Il y voit des plages surélevées, et en effet les géologues ont démontré plus tard qu'il s'agit des berges d'un lac glaciaire.

Complètement rétabli, il revient à Shrewsbury en juillet. Habitué à prendre continuellement des notes sur la reproduction animale, il griffonne des pensées décousues concernant sa carrière et ses projets sur deux petits morceaux de papier : l'un comporte deux colonnes intitulées « Mariage » et « Pas de mariage ». Les avantages comprennent entre autres : « une compagne fidèle et une amie dans la vieillesse… mieux qu'un chien en tout cas » ; et à l'opposé des points comme « moins d'argent pour les livres » et « terrible perte de temps ». S'étant décidé pour le mariage, il en discute avec son père, et rend ensuite visite à Emma le 29 juillet 1838. Il n'a pas le temps de faire sa demande en mariage mais, contre les conseils de son père, parle de ses idées sur le transformisme.

Pendant qu'il continue ses recherches à Londres, l'éventail de lectures très large de Darwin comprend alors, « pour se distraire » selon ses termes, la 6e édition de l’Essai sur le Principe de Population de Thomas Malthus ; celui-ci a calculé qu'en raison du taux de natalité, la population humaine peut doubler tous les 25 ans mais que, dans la pratique, cette croissance est freinée par la mort, la maladie, les guerres et la famine. Darwin est bien préparé pour saisir de suite que cela s'applique aussi au « conflit entre les espèces », remarqué pour les plantes par Augustin Pyrame de Candolle, et à la lutte pour la vie parmi les animaux sauvages, et que c'est là la raison pour laquelle les effectifs d'une espèce demeurent relativement stables. Comme les espèces se reproduisent toujours plus qu'il n'y a de ressources disponibles, les variations favorables rendent les organismes qui en sont porteurs plus aptes à survivre et à transmettre ces variations à leur progéniture, tandis que les variations défavorables finissent par disparaître. S'ensuit la formation de nouvelles espèces. Le 28 septembre 1838, il note ce nouvel éclairage de la question, le décrivant comme une sorte de moyen épistémologique pour introduire des structures plus adaptées dans les espaces de l'économie naturelle tandis que les structures plus faibles sont éjectées. Il dispose maintenant d'une hypothèse de travail. Au cours des mois suivants, il compare les fermiers qui sélectionnent les meilleurs sujets pour l'élevage à une Nature malthusienne faisant son choix parmi les variantes créées par le « hasard », « de telle sorte que chaque élément [de chaque] structure nouvellement acquise fût complètement mis en œuvre et perfectionné ». Il voit dans cette analogie « la plus belle partie de [sa] théorie ».

Le 11 novembre, il revient à Maer et fait sa demande à Emma, en lui exposant encore une fois ses idées. Elle accepte puis, dans les lettres qu'ils échangent, elle montre à quel point elle apprécie sa franchise mais, du fait de son éducation anglicane très pieuse, elle laisse voir sa crainte que de telles hérésies par rapport à la foi puissent mettre en danger ses espoirs de le retrouver dans la vie éternelle. Pendant qu'il est en quête d'un logement à Londres, les épisodes de maladie continuent et Emma lui écrit pour le presser de prendre un peu de repos, remarquant de façon presque prophétique : « Ne retombez donc plus malade, mon cher Charlie, avant que je puisse être auprès de vous pour prendre soin de vous ». Il trouve dans la Gower Street ce que le jeune couple appelle le « Cottage de l'Ara » (à cause de son intérieur criard), puis Darwin y déménage son « musée » à Noël. Le mariage est prévu pour le 24 janvier 1839, mais les Wedgwood retardent cette date. Le 24, Darwin a l'honneur d'être élu membre de la Royal Society. Le 29 janvier 1839, Darwin et Emma Wedgwood se marient à Maer, au cours d'une cérémonie anglicane aménagée pour convenir aux Unitariens. Ils prennent alors immédiatement le train pour Londres et gagnent leur nouveau foyer.

Préparation de la publication de la théorie de la sélection naturelle

Darwin a trouvé la base de sa théorie de la sélection naturelle, mais il est cependant bien conscient de tout le travail qu'il reste à faire pour la rendre crédible aux yeux de ses collègues scientifiques, qui le critiquent farouchement. Le 19 décembre 1838, à la réunion de la Société géologique dont il est secrétaire, il voit Owen et Buckland ne rien cacher de leur haine contre l'évolution en attaquant la réputation de son vieux maître Grant, disciple de Lamarck. Le travail continue sur les conclusions auxquelles il est arrivé à bord du Beagle et, en même temps qu'il consulte des éleveurs, il multiplie les expériences sur les plantes, essayant de trouver des preuves qui répondent à toutes les objections auxquelles il s'attend à partir du moment où sa théorie est communiquée. Quand la Narration de FitzRoy est publiée, en mai 1839, le Journal et Remarques de Darwin (plus connu sous le titre Le Voyage du Beagle) qui en constitue le troisième volume rencontre un tel succès que l'on en fait une réédition séparée la même année.

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Pendant plusieurs années, Darwin étudie les cirripèdes, ici l'anatife Lepas anatifera.

Au début de 1842, Darwin envoie à Lyell une lettre pour lui exposer ses idées ; ce dernier est consterné de voir que celui qui a été son allié refuse maintenant « de voir un commencement à chaque groupe d'espèces ». En mai, le livre de Darwin sur les récifs coralliens est publié après plus de trois années de travail. En juin il écrit alors une « esquisse sommaire » de sa théorie tenant en 35 pages. Pour échapper aux pressions de Londres, la famille s'installe en novembre à la campagne, dans le domaine de Down House. Le 11 janvier 1844, Darwin écrit à son ami, le botaniste Sir Joseph Dalton Hooker, pour lui exposer sa théorie, en disant que c'est presque avouer « un meurtre », mais, à son grand soulagement, Hooker croit qu'« une modification graduelle des espèces pouvait bien avoir eu lieu » et il exprime son intérêt pour l'explication de Darwin. Vers le mois de juillet, Darwin développe une esquisse de ses vues dans un « essai » de 230 pages. Ses craintes de voir ses idées écartées comme une sorte de radicalisme lamarckien sont réveillées une nouvelle fois par la controverse que suscite en octobre une publication anonyme (l'auteur se révélera être Robert Chambers) intitulée Vestiges de l'Histoire naturelle de la Création. Ce livre qui est un best-seller accroît l'intérêt de la classe moyenne pour le transformisme, et ouvre ainsi la voie à Darwin. Cet ouvrage est néanmoins sévèrement attaqué par les scientifiques reconnus, ce qui lui rappelle la nécessité de répondre à toutes les difficultés avant de rendre publique sa théorie. Darwin termine son troisième livre de géologie, Geological Observations on South America en 1846 et entreprend à partir d'octobre une vaste étude sur les cirripèdes avec l'aide de Hooker. En janvier 1847, Hooker lit l'« essai » de Darwin et lui renvoie ses observations ; c'est la critique sereine dont Darwin a besoin, même si Hooker remet en question son rejet de l'idée d'une création continue.

Pour essayer de traiter son état maladif chronique, Darwin se rend à Malvern, une ville thermale, en 1848. La cure de quelques mois lui fait un grand bien et il peut reprendre son travail à son retour. À la mort de son père le 13 novembre, il est néanmoins tellement affaibli qu'il ne peut assister aux funérailles. En 1849, sa fille, Annie, tombe malade, ce qui réveille sa peur que la maladie puisse être héréditaire. Après une longue série de crises elle meurt en avril 1851, et Darwin perd alors toute foi en un Dieu bienveillant. En 1851, Marcel de Serres publie Du perfectionnement graduel des êtres organisés qui illustre l'émergence de théories évolutionnistes dans les milieux scientifiques européens.

Les huit années que Darwin passe à travailler sur les cirripèdes lui permettent de trouver des « homologies » qui confortent sa théorie en montrant que de légers changements morphologiques peuvent permettre à différentes fonctions d'affronter des conditions nouvelles. En 1853, il obtient la médaille royale de la Royal Society, ce qui établit sa réputation comme biologiste. En 1854, il reprend le travail sur sa théorie des espèces et, en novembre, se rend compte que la divergence dans le caractère de descendants peut s'expliquer par le fait qu'ils se sont adaptés « à des situations différentes dans l'économie de la nature ».

Publication de la théorie de la sélection naturelle

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Darwin fut contraint à une publication précoce de sa théorie sur la sélection naturelle (portrait de 1854).

Au début de 1855, Darwin cherche à savoir si les œufs et les graines sont capables de survivre à un voyage dans l'eau salée et d'élargir ainsi la distribution de leurs espèces à travers les océans. Joseph Dalton Hooker est de plus en plus sceptique quant à la conception traditionnelle selon laquelle les espèces sont immuables, mais son jeune ami Thomas Henry Huxley est fermement opposé à l'évolution. Lyell est lui intrigué par les spéculations de Darwin sans se rendre vraiment compte de leur portée. Après avoir lu un article d'Alfred Russel Wallace sur l’Introduction des espèces, il trouve des ressemblances avec les idées de Darwin et lui conseille de les publier pour établir son antériorité. Bien que Darwin ne voie là aucune menace, il commence néanmoins à rédiger un article court. Trouver des réponses aux questions difficiles l'arrête plusieurs fois, et il élargit alors son projet à un « grand livre sur les espèces » intitulé « La Sélection naturelle ». Il continue aussi ses recherches, obtenant des renseignements et des exemplaires auprès de naturalistes du monde entier, y compris Wallace qui travaille à Bornéo. En décembre 1857, Darwin reçoit de Wallace une lettre lui demandant si son livre examine les origines humaines. Il répond qu'il veut éviter un tel sujet, « si encombré de préjugés », tandis qu'il encourage l'essai de théorisation de Wallace, ajoutant : « Je vais beaucoup plus loin que vous ».

Darwin en est à mi-chemin de son livre quand, le 18 juin 1858, il reçoit une lettre de Wallace qui décrit la sélection naturelle. Bien qu'ennuyé d'avoir été « devancé », il la transmet à Lyell comme convenu et, bien que Wallace n'ait pas demandé qu'elle soit publiée, il propose de l'envoyer à n'importe quel journal choisi par Wallace. La famille de Darwin est alors plongée dans l'angoisse car dans le village des enfants meurent de la scarlatine, aussi remet-il l'affaire entre les mains de Lyell et de Hooker. Ils conviennent de présenter ensemble à la Linnean Society, le 1er juillet le discours intitulé Sur la Tendance des espèces à former des variétés ; et sur la Perpétuation des variétés et des espèces par les moyens naturels de la sélection. Néanmoins, comme Charles, le dernier enfant des Darwin, alors encore au berceau, vient de mourir de la scarlatine, son père est trop bouleversé pour être présent.

Sur le moment on prête peu d'attention à l'annonce de cette théorie ; le président de la Linnean remarque en mai 1859 que l'année précédente n'a été marquée par aucune découverte révolutionnaire. Par la suite, Darwin ne peut se souvenir que d'une seule recension, celle du professeur Haughton, de Dublin, qui proclame que « tout ce qu'il y avait là de nouveau était inexact, et tout ce qui était exact n'était pas nouveau ». Darwin s'acharne pendant treize mois pour écrire un résumé de son « grand livre », souffrant de problèmes de santé, mais encouragé constamment par ses amis scientifiques, et Lyell s'arrange pour le faire publier par Sir John Murray.

L'ouvrage Sur l'Origine des Espèces au moyen de la Sélection Naturelle, ou la Préservation des Races les meilleures dans la Lutte pour la Vie, titre d'habitude raccourci sous la forme L'Origine des espèces, a auprès du public un succès inattendu. Le tirage entier de 1 250 exemplaires est déjà réservé quand il est mis en vente chez les libraires le 22 novembre 1859

. Darwin y développe « une longue argumentation » fondée sur des observations détaillées, y expose des inférences et la prise en compte des objections attendues. Cependant, sa seule allusion à l'évolution chez l'homme est l'affirmation, discrète, que « des lumières seront jetées sur l'origine de l'homme et son histoire ». Il évite ainsi le mot « évolution », controversé à l'époque, mais à la fin du livre il conclut que « des formes sans cesse plus belles et plus admirables ont été élaborées et continuent à l'être ». Sa théorie est exposée de façon simple dans l'introduction :

« Comme il naît beaucoup plus d'individus de chaque espèce qu'il n'en peut survivre, et que, par conséquent, il se produit souvent une lutte pour la vie, il s'ensuit que tout être, s'il varie, même légèrement, d'une manière qui lui est profitable, dans les conditions complexes et quelquefois variables de la vie, aura une meilleure chance pour survivre et ainsi se retrouvera choisi d'une façon naturelle. En raison du principe dominant de l'hérédité, toute variété ainsi choisie aura tendance à se multiplier sous sa forme nouvelle et modifiée. »

Réactions à sa publication

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Caricature montrant Darwin avec un corps de singe et la grande barbe qu'il se laisse pousser à partir de 1866, magazine Hornet de 1871.

Malgré sa publication dans la précipitation — un de ses confrères, Alfred Russel Wallace, s'apprête en effet à publier une théorie similaire —, l'ouvrage de Charles Darwin suscite un vif intérêt dans le public, pour l'époque, en se vendant à 1 250 exemplaires le jour de sa sortie, le 22 novembre 1859. Cette première édition épuisée, une seconde de 3 000 exemplaires est publiée en janvier de l'année suivante. Son livre provoque une controverse que Darwin suit de près, conservant les coupures de presse avec les recensions, les articles, les railleries, les parodies et les caricatures. L'évolution par la sélection naturelle fut largement discutée, voire dénigrée, particulièrement dans les communautés religieuse et scientifique. Bien que Darwin soit soutenu par certains scientifiques (par exemple, Thomas Henry Huxley, Ernest Renan ou encore Ernst Haeckel qui le popularise très tôt en Allemagne), d'autres hésitent à accepter sa théorie à cause de la capacité inexpliquée des individus à transmettre leurs capacités à leurs descendants. En effet, Darwin reprend l'idée, très populaire à l'époque, de la transmission des caractères acquis ; il en propose même une théorie dans son ouvrage de 1868. Ce dernier point est pourtant étudié au même moment par Gregor Mendel, mais il ne semble pas que les deux hommes aient communiqué à ce propos. Même avec les lois de Mendel, le mécanisme sous-jacent reste un mystère jusqu'à ce que l'on découvre l'existence des gènes.

Les critiques hostiles ont très tôt fait de tirer les conséquences qui ne sont pas exprimées, comme le fait que « les hommes descendent des singes ». Pourtant, dans L'Origine des espèces, Darwin ne parle pas des origines de l'homme. Le public confond les idées exprimées dans le livre de Darwin avec celles de Lamarck, qui cinquante ans auparavant a avancé cette idée, sans alors faire scandale. Parmi les réponses favorables, les recensions de Huxley adressent des critiques à Richard Owen, chef de l'establishment scientifique qu'il voulait ébranler. Le verdict d'Owen reste inconnu jusqu'à ce que son compte-rendu d'avril condamne finalement le livre. L'establishment scientifique de l'Église d'Angleterre, qui comprend les anciens maîtres de Darwin à Cambridge, Adam Sedgwick et John Stevens Henslow, réagit de façon hostile, malgré un accueil favorable dans la génération plus jeune des naturalistes professionnels. En 1860 cependant, la publication d’Essays and Reviews par sept théologiens anglicans libéraux détourne de Darwin l'attention des hommes d'Église. Ces derniers condamnent comme hérétique une telle manifestation de la critique libérale car on y trouve entre autres cet argument que, par les miracles, Dieu enfreint ses propres lois.

Caricature darwin 2 1

Autre célèbre caricature de Darwin, française, reproduite dans le magazine satirique La Petite Lune.

Le débat public le plus fameux a lieu à Oxford lors d'une réunion de l'Association britannique pour l'Avancement des Sciences. Le professeur John William Draper prononce un long plaidoyer en faveur de Darwin et du progrès social ; c'est alors que l'évêque d'Oxford, Samuel Wilberforce, s'en prend à Darwin. Dans la discussion qui s'ensuit, Joseph Dalton Hooker prend énergiquement parti pour Darwin tandis que Thomas Huxley se constitue comme le « bouledogue de Darwin ». Il fut en effet le défenseur le plus farouche de la théorie de l'Évolution à l'époque victorienne. Les deux partis se séparent en criant victoire chacun, mais Huxley reste célèbre par sa réponse. Comme Wilberforce lui avait demandé s'il descend du singe par son grand-père ou par sa grand-mère, Huxley rétorque : « c'est Dieu lui-même qui vient de le livrer entre mes mains » et il réplique qu'il « préférerait descendre d'un singe plutôt que d'un homme instruit qui utilisait sa culture et son éloquence au service du préjugé et du mensonge ».

Le débat déborde le cadre de la science, de l'Église anglicane et du protestantisme. Les autorités de l'Église catholique entrent dans la polémique. Dès 1860, en effet, une réunion d'évêques qui se tient à Cologne précise la position catholique. Sans condamner Darwin, ni le principe de l'évolution des espèces animales, les évêques affirment qu'une intervention divine est nécessaire au moins à l'origine de l'univers (pour lui donner son existence et ses lois) ainsi que lors de l'apparition de l'homme. Ce sera désormais la position constante des autorités catholiques (moins hostiles à l'évolution que les courants protestants dits « créationnistes »).

Tenu éloigné des discussions publiques par sa maladie, Darwin n'en lit pas moins avec passion ce qu'on rapporte et reçoit des soutiens par courrier. Asa Gray convainc un éditeur aux États-Unis de payer des droits d'auteur, et Darwin fait venir et distribue la brochure de Gray qui montre que la sélection naturelle n'est nullement incompatible avec la théologie naturelle. En Grande-Bretagne, ses amis, y compris Hooker et Lyell, prennent part aux discussions scientifiques qu'Huxley mène avec rage pour briser la domination de l'Église, incarnée par Owen, en faveur d'une nouvelle génération de professionnels de la science. Owen commet en effet l'erreur d'invoquer certaines différences anatomiques entre le cerveau du singe et le cerveau humain, et accuse Huxley de soutenir que « l'homme descend du singe ». Huxley est heureux de soutenir cette opinion et sa campagne, qui dure plus de deux ans, est une vraie catastrophe pour Owen et la « vieille garde », qui se trouvent ainsi éliminés des débats. Les amis de Darwin forment alors le « Club X ». Ils l'aident à lui valoir l'honneur de la médaille Copley que lui décerne la Royal Society en 1864.

Si l'ouvrage Vestiges a déjà suscité dans le public le plus vaste intérêt, L'Origine des espèces est traduite dans un grand nombre de langues et connaît de nombreuses réimpressions, devenant un texte scientifique de base accessible aussi bien à une classe moyenne curieuse de cette nouveauté qu'aux simples travailleurs qui se pressent aux conférences d'Huxley. La théorie de Darwin correspond d'ailleurs aux différents mouvements sociaux de l'époque et elle devient un des fondements clés de la culture populaire (par exemple, la chanson A lady fair of lineage high de William S. Gilbert et Arthur Sullivan interprétée par Princess Ida, qui décrit l'ascendance simiesque de l'homme, mais pas des femmes).

Descent of Man et dernières années

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Portrait de Charles Darwin réalisé en 1868 par Julia Margaret Cameron.

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Portrait de Charles Darwin en 1875 par Walter William Ouless.

Malgré des rechutes continuelles pendant les vingt-deux dernières années de sa vie, Darwin continue son travail. Il publie un résumé de sa théorie mais les aspects les plus controversés de son « grand livre » restent incomplets, y compris la preuve explicite du fait que l'humanité descend d'animaux antérieurs à elle, et la recherche de causes possibles qui sont à la base du développement de la société et des capacités mentales de l'homme. Il doit encore expliquer des caractéristiques sans utilité évidente si ce n'est dans un but esthétique. Darwin continue par conséquent à faire des expériences, à chercher et à écrire.

Quand la fille de Darwin tombe malade, il suspend ses expériences sur les semences et les animaux domestiques pour l'accompagner au bord de la mer ; là il s'intéresse aux orchidées et il en résulte une étude révolutionnaire sur la façon dont la beauté des fleurs sert à assurer la pollinisation par les insectes et à garantir une fertilisation avec croisement. Comme avec les balanes, les parties homologues remplissent des fonctions différentes chez les diverses espèces. De retour chez lui, il retrouve son lit de malade dans une pièce que remplissent ses expériences sur les plantes grimpantes. Il reçoit la visite d'Ernst Haeckel, un de ses admirateurs et qui a propagé sa théorie en Allemagne. Wallace continue aussi à le soutenir, bien qu'il verse de plus en plus dans le spiritisme.

De la variation des animaux et des plantes sous l'action de la domestication (1868) constitue la première partie du « grand livre » que Darwin projette d'écrire. Il travaille alors au développement du « résumé » qu'il a publié sous le titre L'Origine des espèces. Cette première partie s'agrandit jusqu'à devenir deux gros volumes, le forçant à laisser de côté l'évolution humaine et la sélection sexuelle. Elle se vend bien malgré sa taille.

Dans ce livre, Darwin continue à soutenir qu'une des causes de l'évolution est l'effet de l'usage et du non-usage, théorie déjà exposée par Lamarck qu'on appela plus tard transmission ou hérédité des caractères acquis. Il s'efforce maintenant de donner une explication théorique de l'hérédité des caractères acquis à l'aide de l'hypothèse de la pangenèse. Un livre supplémentaire de démonstrations, qui traite dans le même style de la sélection naturelle, est écrit en grande partie, mais reste inédit jusqu'à ce qu'il soit transcrit en 1975.

La question de l'évolution humaine a été soulevée par ses partisans (et ses détracteurs) peu de temps après la publication de L'Origine des espèces, mais la contribution propre de Darwin sur ce sujet apparaît plus de dix ans plus tard avec l'ouvrage en deux volumes La Filiation de l'homme et la sélection liée au sexe, publié en 1871. Dans le deuxième volume, Darwin délivre en toutes lettres sa conception de la sélection sexuelle pour expliquer l'évolution de la culture humaine, les différences entre les sexes chez l'homme et la différenciation des races humaines, aussi bien que la beauté du plumage chez les oiseaux, lequel ne semble pas, selon lui, le résultat d'une adaptation. L'année suivante Darwin publie son dernier travail important, L'Expression des émotions chez l'homme et les animaux, consacré à l'évolution de la psychologie humaine et sa proximité avec le comportement des animaux. Il développe ses idées selon lesquelles chez l'homme l'esprit et les cultures sont élaborés par la sélection naturelle et sexuelle, conception qui a connu une nouvelle jeunesse à la fin du XXe siècle avec l'émergence de la psychologie évolutionniste. Comme il conclut dans La Filiation de l'Homme, Darwin estime qu'en dépit de toutes les « qualités nobles » de l'humanité, et des « pouvoirs qu'elle avait développés », « L'homme porte toujours dans sa constitution physique le sceau ineffaçable de son humble origine ». Ses expériences et ses recherches concernant l'évolution trouvent leur conclusion dans des ouvrages sur le mouvement des plantes grimpantes, les plantes insectivores, les effets des croisements des plantes et leur autofertilisation, les différentes formes de fleurs sur des plantes de la même espèce, toutes recherches publiées dans La Capacité des plantes à se mouvoir. Dans ce dernier livre, il revient également à l'influence des lombrics sur la formation des sols.

Charles Darwin meurt à Downe, dans le Kent, le 19 avril 1882. Il a demandé à être enterré au cimetière St. Mary à Downe, mais sur les instances des collègues de Darwin, et notamment William Spottiswoode, président de la Société royale qui intervient pour qu'il reçoive des funérailles officielles, il est enterré dans l'abbaye de Westminster, près de l'astronome John Herschel et du physicien Isaac Newton.

Enfants de Darwin

Darwin et son fils aine 1

Darwin en 1842 avec son fils aîné, William Erasmus Darwin.

Les enfants de Darwin

William Erasmus Darwin

(27 décembre 1839 – 8 juin 1914)

Anne Elizabeth Darwin

(2 mars 184122 avril 1851)

Mary Eleanor Darwin

(23 septembre 184216 octobre 1842)

Henrietta Emma Etty Darwin

(25 septembre 1843 – 17 décembre 1929)

George Howard Darwin

(9 juillet 18457 décembre 1912)

Elizabeth Bessy Darwin

(8 juillet 1847 – 1926)

Francis Darwin

(16 août 184819 septembre 1925)

Leonard Darwin

(15 janvier 185026 mars 1943)

Horace Darwin

(13 mai 185129 septembre 1928)

Charles Waring Darwin

(6 décembre 185628 juin 1858)

Les Darwin eurent dix enfants : deux moururent en bas âge, et la disparition d'Annie, alors qu'elle n'avait que dix ans, affecta profondément ses parents. Charles était un père dévoué et très attentif envers ses enfants. Chaque fois qu'ils tombaient malades, il craignait que ce soit dû à la consanguinité, puisqu'il avait épousé sa cousine, Emma Wedgwood. Il se pencha sur cette question dans ses écrits, mettant en opposition les avantages des croisements chez beaucoup d'organismes. Malgré ses craintes, la plupart des enfants qui survécurent firent des carrières remarquables, se distinguant même à l'intérieur de la famille Darwin-Wedgwood, déjà composée d'esprits fort brillants.

Parmi eux, George, Francis et Horace devinrent membres de la Royal Society, se signalant respectivement comme astronome, botaniste et ingénieur civil. Son fils Leonard fut militaire, politicien, économiste. Partisan de l'eugénisme, il eut comme disciple Sir Ronald Aylmer Fisher (1890-1962), statisticien et biologiste de l'évolution.

Conceptions religieuses de Charles Darwin

Fille de darwin1

La mort de sa fille, Annie, en 1851, fut l'événement qui écarta Darwin, déjà en proie au doute, de la foi en un Dieu bienfaisant.

Bien que sa famille fût en majorité non-conformiste et que son père, son grand-père et son frère fussent libres-penseurs, au début, Darwin ne doutait pas de la vérité littérale de la Bible . En ce sens, « l'œuvre de Darwin et sa postérité s'inscrivent plus précisément encore dans le cadre de l'époque victorienne »B 4. Il avait fréquenté une école de l'Église d'Angleterre, puis étudié la théologie anglicane à Cambridge pour embrasser une carrière ecclésiastique. Il avait été convaincu par l'argument téléologique de William Paley qui voyait dans la nature un dessein prouvant l'existence de Dieu ; cependant, au cours du voyage du Beagle Darwin se demanda, par exemple, pourquoi de superbes créatures avaient été faites au fond des océans là où personne ne pourrait les voir, ou comment il était possible de concilier la conception de Paley d'un dessein bienveillant avec la guêpe ichneumon qui paralyse des chenilles pour les donner à ses œufs comme des aliments vivants. Il restait tout à fait orthodoxe et citait volontiers la Bible comme une autorité dans le domaine de la morale, mais ne croyait plus à l'historicité de l'Ancien Testament.

Alors qu'il menait ses recherches sur la transformation des espèces Darwin savait que ses amis naturalistes y voyaient une hérésie abominable qui mettait en péril les justifications miraculeuses sur lesquelles était fondé l'ordre social ; sa théorie ressemblait alors aux arguments radicaux qu'utilisaient les dissidents et les athées pour attaquer la position privilégiée de l'Église d'Angleterre en tant qu'Église établie. Bien que Darwin eût écrit que la religion était une stratégie tribale de survivance, il croyait cependant toujours que Dieu était le législateur suprême. Cette conviction fut peu à peu ébranlée et, avec la mort de sa fille Annie en 1851, il finit par perdre toute foi dans le christianisme. Il continua à aider son église locale pour le travail paroissial, mais le dimanche il allait se promener pendant que sa famille se rendait à l'église. Désormais, il jugeait préférable de regarder la douleur et les souffrances comme le résultat de lois générales plutôt que d'une intervention directe de Dieu. Interrogé sur ses conceptions religieuses, il écrivit qu'il n'avait jamais été un athée dans le sens où il aurait nié l'existence de Dieu mais que, de façon générale, « c'est l'agnosticisme qui décrirait de la façon la plus exacte [son] état d'esprit ».

Le Récit de Lady Hope, publié en 1915, soutenait que Darwin était revenu au christianisme au cours de sa dernière maladie. Une telle affirmation a été démentie par ses enfants et les historiens l'ont également écartée. Sa fille, Henrietta, qui était à son lit de mort, a en effet dit que son père n'était pas retourné au christianisme. Ses derniers mots ont été en réalité adressés à Emma : « Rappelez-vous la bonne épouse que vous avez été ».

Darwinisme

Théorie de la sélection naturelle

Si la théorie du transformisme de Lamarck a ouvert la voie, la révolution évolutionniste est arrivée avec Charles Darwin et son ouvrage De l'origine des espèces (1859) dans lequel deux grandes idées, appuyées par des faits, émergent : l'unité et la diversité du vivant s'expliquent par l'évolution, et le moteur de l'évolution adaptative est la sélection naturelle. Un manuscrit inachevé de 1856-1858 permet d'attirer l'attention sur le fait que la théorie de la sélection naturelle telle qu'exposée dans De l'Origine des Espèces n'était pour Darwin qu'un résumé provisoire de ses vues. Darwin avait en effet projeté d'écrire trois volumes (l'un sur les variations des espèces domestiques, un second sur celles à l'état de nature et un dernier consacré à la sélection naturelle générale). La crainte de perdre la paternité de sa découverte au profit de Alfred Wallace poussa Darwin à ne publier que ses écrits provisoires et partiels. En effet, seul le premier parut, en 1868, dans De l'Origine des Espèces, accompagné de réponses à d'éventuelles critiques sur divers sujets.

Histoire de l'expression

Dans la 1ère édition, Darwin n'utilise pas le mot évolution mais le mot "variation" ou "variability", pour signifier des petites variations successives à chaque descendance (ex : "on the principle of successive slight variations", ou le titre du chapitre 2 : "variation under nature") ou bien le mot "modification" : "the theory of descent with modification through natural selection". Il a fallu attendre la 6ème et dernière édition de l'ouvrage, dix ans après, pour que l'auteur utilise à plusieurs reprises le mot "Evolution" : "The fact would be fatal to the theory of evolution through natural selection", ou "Now, things are wholly changed, and almost every naturalist admits the great principle of evolution". Selon Etienne Gilson, c'est parce-que le mot signifiait au XVIIe siècle une évolution vers quelques chose de défini à l'avance, et qu'à l'époque de Darwin, le mot était déjà utilisé par Spencer pour une doctrine philosophique sur l'évolution psychologique, sociale et biologique du vivant. Cependant, comme dans l'esprit du public, ce mot était attaché à sa propre doctrine, il vint à l'utiliser lui-même. Cela ne change rien toutefois à la doctrine elle-même.

De fait, à la fin du XIXe siècle, le mot « évolution » a acquis le sens actuel d'évolution des espèces au sens darwinien, et Spencer se plaint amèrement de l'amalgame fait par le public et les scientifiques entre le concept général d'évolution dont il est l'auteur et le sens particulier d'évolution biologique popularisé par les idées de Darwin. Il publie en décembre 1895 un article en anglais, allemand et français pour faire valoir son antériorité, Le principe de l’évolution, réponse à Lord Salisbury [archive], mais en vain.

L'évolution et ses mécanismes sont encore largement étudiés aujourd'hui ; en effet, de nombreux points, déjà soulevés par Charles Darwin, sur les mécanismes de l'évolution ne sont pas encore éclaircis. Par ailleurs le darwinisme a dès ses débuts souffert d'un amalgame avec l'évolutionnisme : « Du vivant même de Darwin, vingt ans après la parution de De l'Origine des Espèces, le terme darwinisme était pratiquement devenu synonyme d'évolutionnisme », renvoyant à un évolutionnisme finalisé et universalisant, dilué dans la notion de progrès linéaire et de plus en plus fondé sur la notion d'hérédité des caractères acquis. Cette divergence tient des apports de Weismann et de Wallace, puis de la redécouverte des lois de Mendel en 1900B. Enfin, « De nos jours encore, l'usage des termes demeure ambigu. Pour les biologistes contemporains, le « darwinisme » désigne essentiellement — mais pas toujours — la théorie de la sélection naturelle, et dès la fin du XIXe siècle s'esquissent des théories de l'évolution regroupées sous le terme — d'abord péjoratif — de « néo-darwinisme » ».

Postulats de la théorie de l'Évolution

Dans son livre De l'origine des espèces, Darwin expose une théorie selon laquelle, étant donné que tous les individus d'une espèce diffèrent légèrement entre eux et d'une génération à l'autre, et que seule une partie de ces individus réussit à se reproduire, seuls les descendants des individus les mieux adaptés à leur environnement survivront et se reproduiront en transmettant les variations utiles à leur survie. Ainsi, comme les individus sélectionnés transmettent leurs caractères à leur descendance, les espèces évoluent et s'adaptent en permanence à leur environnement. Il baptise du nom de « sélection naturelle » cette sélection des individus les mieux adaptés. Ainsi, de façon sommaire, la sélection naturelle désigne le fait que les traits qui favorisent la survie et la reproduction voient leur fréquence s'accroître d'une génération à l'autre ; elle repose sur trois principes : le principe de variation, qui explique que les individus diffèrent les uns des autres, ainsi que d'une génération à l'autre, le principe d'adaptation (les individus les plus adaptés au milieu survivent et se reproduisent davantage) et le principe d'hérédité, enfin, qui pose que les caractéristiques d'une espèce sont héréditaires. Darwin met en avant la notion de lutte pour l'existence ou de lutte pour la vie (struggle for life, struggle for existence), principe qui est au cœur de la sélection naturelle. La lutte pour l'existence, qui a lieu parce que les ressources sont limités, peut avoir lieu de diverses manières : soit par la compétition, soit par la solidarité et la coopération. Celle-ci peut se faire à l'intérieur d'une espèce comme c'est le cas généralement chez les animaux sociaux, ou bien elle peut avoir lieu entre plusieurs espèces différentes, comme dans le cas des symbioses. On trouve également chez Darwin la notion de « sélection sexuelle », qui peut prendre différentes formes également : par exemple une lutte entre mâles pour la possession des femelles (certains primates, les cervidés), la préférence des femelles pour certaines caractéristiques chez les mâles (cas de la roue du paon, préférence des oiseaux femelles pour les mâles colorés) ou des mâles pour certaines caractéristiques chez les femelles. Il conçoit également un « principe de divergence » qui explique notamment l'extinction des espèces.

La fin du finalisme en biologie : une rupture humaine, épistémologique et métaphysique

La théorie de l'évolution des espèces au moyen de la sélection naturelle a comme conséquence une rupture complète avec la notion de finalisme. Par là on entend l'idée que l'évolution de la nature poursuivrait une intention : soit une intention immanente à la nature, comme on peut le voir par exemple chez Aristote, soit une intention qui émane de Dieu. Darwin se comporte ici de bout en bout comme un scientifique exclusif qui considère la nature comme une mécanique obéissant uniquement aux lois naturelles : "I mean by Nature, only the aggregate action and product of many natural laws". Par ailleurs il réfute au chapitre IV de l'édition de 1872 l'interprétation selon laquelle la sélection naturelle serait une sorte d'intention consciente des animaux, de la nature ou de Dieu : "Others have objected that the term selection implies conscious choice in the animals which become modified [...] It has been said that I speak of natural selection as an active power of Deity". Il confesse que l'expression est peut-être mal choisie, mais que c'est un raccourci utile, une métaphore : "In the literal sense of the word, no doubt, natural selection is a false term". Mais il objecte que la plupart des termes scientifiques sont également des métaphores : " Everyone knows what is meant and is implied by such metaphorical expressions ; and they are almost necessary for brevity" .

Même les caractères acquis par l'usage fréquent d'un organe dont parle Darwin, qui n'avait pas connaissance des travaux de Mendel, et qui sont transmissibles par hérédité, ne peuvent pas être considérés comme une intention de la part de l'animal. Comme par exemple la girafe qui allonge son cou dans le transformisme de Lamarck, dans le but de l'allonger, et qui est parfois considéré comme une sorte de finalisme. Ce sont les seules nécessités de la vie qui font qu'un être vivant utilise ou non telle ou telle capacité, qui de ce fait se développe ou s'atrophie tel un muscle. Il s'agit donc d'une action involontaire et inconsciente. C'est ce qui fait dire à un commentateur : "ce processus de sélection est un pur mécanisme, ce qui signifie que ne s'y repèrent aucune finalité, aucune intention, aucune planification, mais bien plutôt la contingence et le hasard".

Ce développement, pour rendre compte de la biologie et de la diversité des espèces, d'une théorie scientifique non finaliste et mécaniste pouvant se passer de Dieu et reposant sur les seules lois de la nature, aura des conséquences humaines, épistémologiques et métaphysiques considérables.

On pourrait résumer ces conséquences par un propos de Victor Hugo : " Et quand un grave Anglais, correct, bien mis, beau linge, Me dit : — Dieu t'a fait homme et moi je te fais singe ; Rends-toi digne à présent d'une telle faveur ! — Cette promotion me laisse un peu rêveur." Pour Freud, ce sera l'objet d'une blessure narcissique aussi importante que la découverte de la rotation de la Terre autour du soleil : l'homme n'est pas au centre de l'univers et n'a pas de place privilégiée dans l'ordre de la création, puisque la nature n'a pas été créée à son intention, et lui-même n'a pas été créé de manière intentionnelle. La théorie de l'évolution de Darwin nous donne un argument pour dire que l'homme, comme tout ce qui est, n'est que le fruit du hasard (ou de la contingence) et de la nécessité, selon l'expression de Théodore Monod : " L'ancienne alliance est rompue ; l'homme sait enfin qu'il est seul dans l'immensité indifférente de l'Univers d'où il a émergé par hasard. Non plus que son destin, son devoir n'est écrit nulle part".

Critiques du darwinisme

Les critiques à l'encontre de Darwin et de sa théorie sont de trois ordres : les critiques politiques, sociales et philosophiques ; les critiques scientifiques avec Rémy Chauvin, Pierre-Paul Grassé ou Étienne Rabaud ; et les critiques religieuses, avec le créationnisme et l'Église catholique romaine.

En 1910, le sociologue Jacques Novicow publie La critique du darwinisme social, qui contient une critique du darwinisme sur le plan biologique et une critique de l'usage qui est fait du darwinisme dans la sociologie. Une critique d'ordre politique provient de Karl Marx et de Friedrich Engels qui dans leur correspondance notent l'analogie entre le principe de la sélection naturelle et le fonctionnement du marché capitaliste. Mais ils ne développeront pas plus avant cette critique, aujourd'hui reprise et étoffée par l'historien des sciences André Pichot dans son ouvrage publié en 2008. Karl Marx cite l'Origine des Espèces dans le Capital et y note l'analogie et la distinction entre « l'histoire de la technologie naturelle » et « l'histoire de la formation des organes productifs de l'homme social ».

La critique scientifique prend diverses formes.

Le néo-lamarckien Étienne Rabaud critique de manière assez radicale la notion d'adaptation, en montrant que la sélection naturelle ne retient pas le plus apte, mais élimine seulement les organismes dont l'équilibre des échanges est déficitaire. Pour Rémy Chauvin dans Le Darwinisme ou la fin d’un mythe. L’esprit et la matière le darwinisme s'apparente à une secte prônant un athéisme obtus, aux postulats scientifiques contestables.

Mais c'est surtout le problème du chaînon manquant de la lignée humaine (un être qui serait intermédiaire entre le singe et l'homme) qui a longtemps été employé contre la théorie de l'évolution.

Théorie synthétique de l'évolution

La découverte des lois de Mendel et de la génétique au début du XXe siècle bouleverse la compréhension des mécanismes de l'évolution et donne naissance à la théorie synthétique de l'évolution ou evolutionary synthesis, fondée par Ernst Mayr. Cette théorie est une combinaison de la théorie de la sélection naturelle proposée par Darwin et de la génétique mendélienne. Elle est à l'origine de nouvelles méthodes dans l'étude de l'évolution, comme la génétique des populations permise par Sewall Wright puis par Theodosius Dobzhansky (Genetics and the Origin of Species, 1937) par exemple. La Sélection n'est dès lors plus seulement un processus d'élimination ni même un mécanisme de changement mais elle peut aussi maintenir la stabilité des populations par des « procès d'équilibration »B 12. Les découvertes les plus récentes confortent ainsi l'idée de l'existence d'une très grande fréquence des variations, même si, remarque Daniel Becquemont, cette théorie synthétique pose autant de problèmes que la théorie de Darwin en son temps.

Continuateurs de Darwin

Trois versions du darwinisme

Plusieurs courants se rattachant au darwinisme apparurent dans le sillage des découvertes de Darwin. D'un côté la pensée de Darwin fut définitivement rejetée, de l'autre elle a été approfondie mais aussi transformée, note Daniel Becquemont. Si l'on excepte les interprétations politiques comme celles de Francis Galton ou de Weldon, trois disciples de Darwin développèrent sa théorie dans des sens différents en fonction des nouveaux apports de la science biologique ; tous trois peuvent se réclamer légitimement de l'héritage darwinien.

Avec le biologiste allemand August Weismann (1834-1914) tout d'abord le darwinisme se « rénove », au travers de sa théorie de la sélection germinale et qui soutient qu'il se produit une sorte de sélection au niveau des éléments constituants du plasma germinatif, qui entrent alors en concurrence. Weisman permit « une distinction fondamentale entre les variations non transmissibles du phénotype et la variation génotypique, seules sources de l'évolution ». Alfred Russel Wallace (1823-1913) publie en 1895 un traité complet consacré au darwinisme dont l'essentiel de la démonstration très proche de celle de Darwin, est consacrée à l'illustration de la validité de la théorie de la sélection naturelle, concernant la couleur et les caractères sexuels secondaires. Sur ce point, selon Daniel Becquemont, Wallace se montre plus darwinien que Darwin, puisque ce dernier n'a jamais voulu reconnaître que ces caractères obéissent également à la loi de la sélection naturelle. Néanmoins il s'en écarte par son soutien à l'idée que la notion d'utilité régit la sélection naturelle. Wallace vécut dans l'ombre de Darwin, même s'il fut le codécouvreur de la théorie de la sélection naturelle. Pourtant il en développa la portée et les contours, si bien que de nombreuses critiques, dont celle d'un partisan de l'orthodoxie darwinienne comme George John Romanes (1848-1894), lui attachent le surnom de « père du néo-darwinisme ». Ce dernier réfute la notion d'utilité en biologie, expliquant que la sélection naturelle n'est jamais parfaite mais procède d'adaptations temporaires. Il défend ainsi principalement la notion d'hérédité des caractères acquis.

Héritage de Darwin au XXe siècle

C'est avec la redécouverte des travaux de Gregor Mendel en 1900, par plusieurs naturalistes que se prolonge l'apport de Darwin, notamment dans son rapprochement de la génétique. Les premières théories mutationnistes apparaissent alors, avec Hugo de Vries et Wilhelm Johannsen, puis avec Thomas Hunt Morgan, Fritz Müller et Alfred Sturtevant. Le darwinisme se scinda dès lors en deux courants, l'un lié à la génétique et un autre, plus traditionnel et naturaliste. Le premier voyait l'évolution en termes de pression de mutation alors que le second raisonnait par spéciation et adaptation.

Stephen Jay Gould est un paléontologue américain qui a beaucoup œuvré à la vulgarisation de la théorie de l'évolution en biologie et à l'histoire des sciences depuis Darwin. Il a formulé la théorie des équilibres ponctués, selon laquelle les transitions évolutives entre les espèces au cours de l'évolution se font brutalement et non graduellement. Par la suite, il en viendra à insister sur le rôle du hasard dans l'évolution (la « contingence »), contre la vision adaptationniste naïve qu'il critique. Il a aussi mené la campagne contre les créationnistes, avec le procès visant à démontrer que la « science » de ces derniers, principalement représentée par le dessein intelligent (en anglais intelligent design), ne répondait pas aux critères fondamentaux de la méthode scientifique, et n'était qu'un moyen détourné de contourner la loi afin d'imposer l'enseignement du créationnisme à l'école en lui donnant un visage pseudo-scientifique. Gould a travaillé avec un autre défenseur et continuateur de Darwin, Niles Eldredge, auteur de Darwin : Discovering the Tree of Life.

Richard Dawkins, éthologiste britannique et vulgarisateur et théoricien de l'évolution, est enfin le principal défenseur de l'héritage darwinien au XXe siècle, et en particulier face à la théorie du dessein intelligent. Il prolonge le darwinisme dans le champ de la génétique avec son concept de « gène égoïste » en soutenant que mettre au centre de l'évolution le gène est une meilleure description de la sélection naturelle et que la sélection au niveau des organismes et des populations ne l'emporte jamais sur la sélection par les gènes. Par ailleurs sa mémétique développe l'idée que les gènes ont un équivalent culturel, les mèmes. Sa théorie est toutefois très réductionniste, comparée à celle de Darwin, au sens où le véritable sujet de l'histoire, ce sont les gènes, les organismes n'étant que des supports de transition. Chez Darwin la conception de la nature est beaucoup plus riche, l'évolution n'en est que l'un des aspects, l'extrême diversité des relations entre organismes en est un autre, et les individus vivent leur histoire en tant que tels.

Interprétations politiques

Les écrits et les théories de Darwin, combinés avec les découvertes génétiques de Gregor Mendel (1822-1884) (la théorie synthétique de l'évolution), sont considérés comme formant la base de toute la biologie moderne,. Cependant, la renommée et la popularité de Darwin ont conduit à associer son nom à des idées et des mouvements qui n'entretiennent qu’une relation indirecte à son œuvre, voire sont à l’opposé de ses convictions.

Il faut dire qu'il est arrivé au moins une fois à Darwin d'exprimer des idées racistes et de les mettre en relation avec sa théorie. Ainsi, dans le passage suivant, il considère le Noir et l'aborigène australien comme plus proches du gorille que le Caucasien : « Dans un avenir pas très lointain si on compte par siècles, les races humaines civilisées vont certainement exterminer les races sauvages et prendre leur place à travers le monde. En même temps, comme l'a remarqué le Professeur Schaaffhausen, les singes anthropomorphes seront sans aucun doute exterminés. Le fossé entre l'homme et ses plus proches alliés sera alors plus large, car il séparera d'une part l'homme arrivé à un état plus civilisé, pouvons-nous espérer, que le Caucasien lui-même, et d'autre part quelque singe aussi inférieur que le babouin, au lieu de passer comme aujourd'hui entre le nègre ou l'aborigène australien d'une part et le gorille d'autre part ».

Eugénisme

À la suite de la publication par Darwin de son ouvrage principal, De l'Origine des Espèces, son cousin Francis Galton appliqua ses conceptions à la société humaine, commençant en 1865 à promouvoir l'idée de « l'amélioration héréditaire », d'abord dans l'essai Hereditary talent and character de 1865, puis dans Hereditary genius: an inquiry into its laws and consequences, dans lequel il élabore sa théorie de façon détaillée en 186984, vision biométrique du darwinisme. Dans La Filiation de l'homme et la sélection liée au sexe, Darwin convient que Galton ait démontré qu'il était probable que le « talent » et le « génie » chez l'homme fussent héréditaires, mais il juge trop utopiques les changements sociaux que proposait Galton. Ni Galton ni Darwin ne soutenaient cependant une intervention gouvernementale, et ils pensaient que, tout au plus, l'hérédité devrait être prise en considération par les individus dans la recherche de partenaires. En 1883, après la mort de Darwin, Galton commença à appeler « eugénisme » sa philosophie sociale. Au XXe siècle, les mouvements eugénistes négatifs devinrent populaires dans un certain nombre de pays protestants, et participèrent aux programmes destinés à bloquer la reproduction tels que ceux de stérilisation contrainte aux États-Unis. Leur usage par l'Allemagne nazie dans ses objectifs de « pureté raciale »87 fit tomber ces méthodes en disgrâce.

Darwinisme social

On retient généralement que Herbert Spencer a appliqué les thèses évolutionnistes et la notion de « survie du plus apte » à la société humaine. Friedrich Hayek a contesté le sens dans lequel les idées évolutionnistes se sont diffusées. Selon lui, c'est de la sociologie et de l'économie que vient l'évolutionnisme, et non de la biologie. C'est d'ailleurs ce que Darwin lui-même écrit dans le chapitre 3 de l'origine des espèces :

« J'ai donné à ce principe, en vertu duquel une variation si insignifiante qu’elle soit se conserve et se perpétue, si elle est utile, le nom de sélection naturelle, pour indiquer les rapports de cette sélection avec celle que l’homme peut accomplir. Mais l’expression qu’emploie souvent M. Herbert Spencer : « la persistance du plus apte », est plus exacte et quelquefois tout aussi commode. »

« Aussi, comme il naît plus d’individus qu’il n’en peut vivre, il doit y avoir, dans chaque cas, lutte pour l’existence, soit avec un autre individu de la même espèce, soit avec des individus d’espèces différentes, soit avec les conditions physiques de la vie. C’est la doctrine de Malthus appliquée avec une intensité beaucoup plus considérable à tout le règne animal et à tout le règne végétal, car il n’y a là ni production artificielle d’alimentation, ni restriction apportée au mariage par la prudence. »

Il est donc établi que Darwin a été influencé par l'économiste Thomas Malthus et qu'il a emprunté à Spencer l'idée de survie des plus aptes.

Les idées qu'on désigne aujourd'hui sous le nom de « darwinisme social » sont devenues populaires à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, au point d'être utilisées pour défendre différentes perspectives idéologiques, parfois contradictoires, y compris l'économie du « laissez-faire », le colonialisme, le racisme ou encore l'impérialisme. Le terme de « darwinisme social » date des années 1890, mais il est devenu courant en tant que terme polémique au cours des années 1940, quand Richard Hofstadter a critiqué le conservatisme du laissez-faire. Suivant les auteurs, le darwinisme social est alors le principe qui motive l'application de politiques conservatrices ou bien le dessein que prêtent les opposants des conservateurs à ceux-ci pour les discréditer. Il est finalement appliqué à des progressistes qui intègrent la volonté humaine comme facteur de l'évolution. Ces concepts préexistaient à la publication par Darwin de L'Origine en 1859, puisque Malthus était mort en 1834 et que Spencer avait publié en 1851 ses livres sur l'économie et en 185593 ses livres sur l'évolution. Darwin lui-même insistait pour que la politique sociale n'obéît pas simplement aux concepts de lutte et de sélection dans la nature, et pensait que la sympathie devait s'étendre à toutes les races et toutes les nations. Héritière du darwinisme social, la sociobiologie est une approche née aux États-Unis à partir de 1975 sous l'impulsion d'Edward O. Wilson, professeur de zoologie à Harvard. Dans Sociobiology, the new synthesis, Wilson explique que les êtres vivants sont en perpétuelle compétition pour essayer d'améliorer leur situation, et qu'ainsi l'éthologie animale est conditionnée par la sélection naturelle. Selon le chercheur Patrick Tort, ces théories pseudo-scientifiques utilisent à leurs propres fins les postulats darwiniens, les détournant ainsi de leur cadre épistémologique.

Commémorations

Darwin

Darwin en 1880.

Durant la vie de Darwin, de nombreuses espèces ainsi que des toponymes lui ont été dédiés. Ainsi, le prolongement occidental du canal Beagle qui relie ce dernier à l’océan Pacifique, le canal de Darwin, porte son nom. C’est le capitaine FitzRoy qui le lui a dédié après une action de Darwin : parti avec deux ou trois marins, il a le réflexe de les conduire sur le rivage lorsqu’il voit un pan d’un glacier s’effondrer dans la mer et provoquer une forte vague, celle-ci aurait probablement balayé leur embarcation. Le mont Darwin lui a été dédié lors de son 25e anniversaire. Lorsque le Beagle était en Australie en 1839, John Lort Stokes, ami de Darwin, a découvert un port naturel que le capitaine de vaisseau John Clements Wickham a baptisé du nom de Port Darwin. La colonie de Palmerston, fondée en 1869, fut rebaptisée Darwin en 1911. Elle est devenue la capitale du Territoire du Nord de l’Australie. Cette ville s’enorgueillit de posséder une université Charles-Darwin et un parc national Charles Darwin. Enfin, le Darwin College de l’université de Cambridge, fondé en 1964, a été baptisé ainsi en l’honneur de la famille Darwin, en partie parce qu’elle possédait une partie des terrains sur lesquels il était bâti.

Les 14 espèces de pinsons qu’il avait découvertes dans les îles Galápagos ont été surnommées les « pinsons de Darwin » et certains taxons commémorent également le nom du scientifique, comme Wallacea darwini, décrite par G. F. Hill en 1919 et faisant également référence à Alfred Wallace ou Hamitermes darwini décrite par le même auteur en 1922. En 2000, une image de Darwin a été utilisée par la banque d'Angleterre pour le billet de dix livres sterling en remplacement de l’image de Charles Dickens. L'année 2009 est une année particulière pour honorer la mémoire de la naissance de Charles Darwin, il y a 200 ans et la publication de L'Origine des espèces il y a 150 ans, en 1859. Plusieurs activités à travers le monde sont prévues. Une pièce de deux livres commémorant la naissance de Darwin et l'ouvrage De l'Origine des espèces a été frappée en 2009. Enfin la médaille Darwin est attribuée par la Royal Society un an sur deux à un biologiste ou à un couple de biologistes. Cette récompense vise à distinguer des recherches dans un domaine de la biologie sur lequel Charles Darwin a travaillé.

En 1935, l'Union astronomique internationale a donné le nom de Darwin à un cratère lunaire. Il existe également un cratère sur la planète Mars qui porte le nom de Darwin.

Influence de Darwin et de sa théorie dans la société

Le film Le Cauchemar de Darwin (2004) est un documentaire sur la disparition de la biodiversité dans le lac Victoria, objet de polémique. Après Darwin et la révolution scientifique qui en a suivi, l'évolution s'est propagée dans la culture populaire. Précurseur de la science-fiction moderne, l'écrivain H. G. Wells a été très marqué par les travaux de Darwin dont il s'est inspiré pour écrire son œuvre et notamment La Machine à explorer le temps et La Guerre des mondes. Dans la culture populaire, l'histoire du comic X-Men est basée sur l'évolution de l'homme qui octroie des superpouvoirs à une part croissante de l'humanité. L'un des mutants de ce comic est d'ailleurs surnommé Darwin en raison de sa capacité à s'adapter à son environnement. Les jeux vidéo SimLife et Spore sont des simulateurs de vie fondés sur les lois du darwinisme. Le pastafarisme (ou Flying Spaghetti Monsterism) parodie la création de l'homme par les pâtes célestes alors que les Darwin Awards est le prix humoristique destiné à ceux qui, victimes d'accidents mortels dus à leur inconséquence, retirent ainsi aimablement leurs gènes de la circulation.

Représentations dans la fiction

Littérature

Dans le roman humoristique pour la jeunesse Les Pirates ! Une aventure avec les savants (Pirates! In an adventure with scientists) publié par l'écrivain britannique Gideon Defoe (en) en 2004, Charles Darwin est représenté comme un jeune homme timide et maladroit à qui son aventure va inspirer la future expédition du Beagle.

Charles Darwin est l'un des personnages principaux du roman L'Arche de Darwin (Galapagos Regained) de James Morrow, paru en 2015, qui obtient le Grand Prix de l'Imaginaire en 2018.

Cinéma

Charles Darwin est le héros du film biographique Creation, de Jon Amiel (2009), qui évoque le conflit entre ses recherches scientifiques et les positions religieuses de sa femme.

Il apparaît dans l'adaptation au cinéma du roman pour la jeunesse Les Pirates ! Une aventure avec les savants de Gideon Defoe sous la forme d'une coproduction du studio britannique Aardman Animations et du studio américain Sony Pictures Animation sortie en 2012 : Les Pirates ! Bons à rien, mauvais en tout, un film d'animation en pâte à modeler. Dans la version originale anglaise, il est doublé par l'acteur britannique David Tennant.

Jeux

Charles Darwin apparaît également dans le jeu vidéo Assassin's Creed Syndicate, où il croise à plusieurs reprises la route des protagonistes Jacob et Evie Frye. Il est également au cœur du scénario d'une extension téléchargeable (DLC) intitulée La conspiration de Darwin et Dickens.

Chronologie

Statue darwin 1

Statue de Charles Darwin au Natural History Museum de Londres élevée par Sir Joseph Boehm en 1885.

  • 1831 : le 27 décembre il embarque sur le Beagle sous le commandement du capitaine Robert FitzRoy et part pour cinq ans pour un voyage autour du monde.
  • 1836 : le Beagle revient de son long périple le 2 octobre. Darwin s'installe à Londres.
  • 1882 : Charles Darwin meurt le 19 avril, à l'âge de 73 ans, à Down House.

Œuvres de Charles Darwin

Œuvres principales

  • Journal of Researches into the Geology and Natural History of the Various Countries by H.M.S. Beagle, Londres, Henry Colburn, 1839, 614 pp. [2e édition : 1845 ; 167 éditions et tirages en langue anglaise jusqu’en 1972].
  • The Structure and Distribution of Coral Reefs. Being the First of the Geology of the Voyage of the Beagle, under the Command of Capt. Fitzroy, during the Years 1832 to 1836, Londres, Smith, Elder and Co., 1842 [2e édition : 1874 ; 3e édition : 1889].
  • Geological Observations on the Volcanic Islands Visited during the Voyage of H.M.S. Beagle, together with some Brief Notices of the Geology of Australia and the Cape of Good Hope, Londres, Smith, Elder and Co., 1844 [2e édition : 1876 ; 3e : 1891].
  • Geological Observations on South America, Londres, Smith, Elder and Co., 1846.
  • Geological Observations on Coral Reefs, Volcanic Islands and on South America, Londres, Smith, Elder and Co., 1851. Reprise des textes de 1842, 1844 et 1846. Rééditions souvent abrégées.
  • A Monograph of the Sub-Class Cirripedia, with Figures of all the Species, vol. I : The Lepadidae, Londres, The Ray Society, 1851.
  • A Monograph of the FossIl Lepadidae, or Pedunculated Cirripedes of Great Britain, vol. II, The Balanidae (or Sessile Cirripedes), Londres, The Ray Society, 1854.
  • « On the Tendency of Species to Form Varieties, and on the Perpetuation of Varieties by Natural Means of Selection » (avec A.R. Wallace) dans Journal of Proceedings of the Linnean Society of London (Zoology), vol. III, no 9, 1er juillet 1858, p. 1-62.
  • On the Origin of Species by Means of Natural Selection, or the Preservation of Favoured Races in the Struggle for Life, Londres, John Murray, 24 novembre 1859, consultable en ligne 
  • On the Various Contrivances by which British and Foreign Orchids are Fertilised by Insects, and on the Good Effects of Intercrossing, Londres, John Murray, 1862, 2e éd. : 1877, consultable en ligne [archive].
  • On the Movements and Habits of Climbing Plants, Londres, Longman, 1865 [2e éd. : 1875].
  • « Queries about Expression », 1867. Article publié par R.B. Freeman et P. J. Gautrey, « Charles Darwin’s Queries about Expression » dans Bulletin of the British Museum of Natural History, vol. 4, 1972, p. 205-219.
  • The Variation of Animals and Plants under Domestication, Londres, John Murray, 2 volumes, 1868 [2e éd. : 1875] Traduction De la variation des animaux et des plantes à l'état domestique, C. Reinwald (Paris), 1880. Disponible en ligne (fr) : vol. 1, éd. 1879 [archive], sur darwin-online ; vol. 2, éd. 1880 [archive], sur gallica.
  • The Descent of Man, and Selection in Relation to Sex, Londres, John Murray, 2 volumes, 1871 [2e éd. : 1874 avec une note additionnelle de Th. Huxley].
  • « Pangenesis » dans Nature, vol. 3, 27 avril 1871, Proceedings of the Royal Society, vol. 19, p. 393-410.
  • The Expression of the Emotions in Man and Animals, Londres, John Murray, 1872 [2e éd. : (par Francis Darwin) en 1890].
  • « Origin of Certain Instincts » dans Nature, vol. 7, 3 avril 1873, p. 417-418.
  • Insectivorous Plants, Londres, John Murray, 1875 [2e éd. : 1888, revue par Francis Darwin].
  • The Effects of Cross and Self-Fertilisation in the Vegetable Kingdom, Londres, John Murray, 1876 [2e éd. : 1878].
  • « Report of the Royal Commission on the Pratice of Subjecting Live Animals to Experiments for Scientific Purposes », Londres, Her Majesty’s Stationery Office, 1876, p. 234, 4 662-4 672.
  • The Different Forms of Flowers on Plants of the Same Species, Londres, John Murray, (9 juillet) 1877 [2e éd. : 1878 ; 3e éd. : 1880, avec une préface de Francis Darwin].
  • « A Biographical Sketch of an Infant », Mind, vol. 2, juillet 1877, p. 285–294. [Trad. française dans la Revue scientifique, vol. 13, 1877, p. 25-29].
  • « Preliminary Notice », dans E. Krause, Erasmus Darwin, Londres, John Murray (ouvrage traduit de l’allemand), 1879.
  • The Power of Movement in Plants (en collaboration avec Francis Darwin), Londres, John Murray, 1880.
  • The Formation of Vegetable Mould, through the Action of Worms, with Observations on their Habits, Londres, John Murray, (10 octobre) 1881.
  • « The Action of Carbonate of Ammonia on Chlorophyll Bodies » dans Journal of the Linnean Society of London, vol. 19, 1882, p. 262-284. Communication lue par Francis Darwin le 6 mars et le 28 août 1882.

Œuvres posthumes

  • « Préface » à A. Weismann, Studies in the Theory of Descent. With Notes and Additions by the Author, Londres, Sampson Low, 1882, pp. V-VI.
  • « Préface » à Hermann Müller, The Fertilisation of Flowers, Londres, Macmillan, 1883, pp. VII-X.
  • « Essay on Instinct », dans G.J. Romanes, Mental Evolution in Animals. With a Posthumous Essay on Instinct by Charles Darwin, Londres, Kegan Paul, 1883, p. 355-384.
  • L'évolution mentale chez les animaux / par George John Romanes ; suivi d'un Essai posthume sur l'instinct / par Charles Darwin ; trad. française par le docteur Henry C. de Varigny, Paris, C. Reinwald, 1884
  • Francis Darwin (éd.), The Life and Letters of Charles Darwin, including an Autobiographical Chapter, Londres, John Murray, 2 volumes, 1887 [Traduction française de l’Autobiographie, incomplète, Paris, Belin, 1985].
  • La vie et la correspondance de Charles Darwin. Tome premier / avec un chapitre autobiographique publiés par son fils Francis Darwin ; traduit de l'anglais par Henry C. de Varigny, Paris, C. Reinwald, 1888
  • La vie et la correspondance de Charles Darwin. Tome second / avec un chapitre autobiographique publiés par son fils Francis Darwin ; traduit de l'anglais par Henry C. de Varigny, Paris, C. Reinwald, 1888.
  • More Letters of Charles Darwin, Londres, John Murray, 1903, 2 volumes.
  • F. Darwin et A.C. Seward (éds.), Emma Darwin, Wife of Charles Darwin. À Century of Family Letters, Cambridge University Press, 1904.
  • Francis gélinas (ed.), The Foundations of the ‘Origin of Species’. Two Essays written in 1842 and 1844, Cambridge University Press, 1909. Trad. partielle en français (La Renaissance du Livre, 1925), rééditée en 1992 sous le titre : Ébauche de l’Origine des espèces (essai de 1844), Presses universitaires de Lille.
  • Beagle’ Diary : Charles Darwin’s Diary of the Voyage of H.M.S. Beagle, ed. by Nora Barlow, Cambridge University Press, 1933.
  • The Autobiography of Charles Darwin, with Original Omissions Restored, ed. by Nora Barlow, Londres, Collins, 1958.
  • Darwin’s Journal, ed. by Sir Gavin De Beer, Bulletin of the British Museum, 1959, 2, pp. 1-21.
  • Charles Darwin’s Notebooks, 1836-1844. Geology, transmutation of species, metaphysical enquiries, British Museum of Natural History, Cambridge University Press, 1987.
  • M.A. Di Grigorio, N.W. Gill (eds), Charles Darwin’s Marginalia, vol. I, New York-Londres, Garland, 1990.
  • Charles Darwin. Origines – Lettres choisies 1828-1859, introduction et édition française dirigée par Dominique Lecourt, Bayard, Paris, 2009 (ISBN 978-2-227-47843-5).

 

 

Qui est le père de la botanique ?

Théophraste, disciple d'Aristote et considéré comme le père de la botanique, nous a légué deux œuvres importantes qui sont habituellement citées comme l'origine de cette science : De historia plantarum (Histoire des plantes) et De causis plantarum (Causes des plantes).

Theophraste 1

Théophraste (en grec ancien Θεόφραστος / Théophrastos) est un philosophe de la Grèce antique né vers -371 à Eresós1 (Lesbos) et mort vers -288 à Athènes. Élève d’Aristote, il fut le premier scholarque du Lycée, de -322 à sa mort ; botaniste et naturaliste, polygraphe ou encore alchimiste.

Selon Théophraste, l’ambition légitime du savant est de parvenir, malgré les obstacles et les difficultés, à énoncer les causes de ce qu’il constate et analyse, à quoi il ne parvient qu’en manifestant à l'égard des théories générales une attitude critique qui le conduit à accumuler les observations, recourir à l’analogie et construire de nouvelles hypothèses, si c’est pertinent3 ; l’aporie dans l’utilisation d’une théorie impose la recherche4. Il faut exhorter les hommes à acquérir plutôt de la science qu'à compter sur les richesses. Il est typique de Théophraste de retrouver plusieurs explications, et de tenter de distinguer les circonstances dans lesquelles elles ont été élaborées. L’importance qu'il accorde à l'observation directe et à la description précise et rigoureuse marque une rupture avec les auteurs qui, avant lui, avaient étudié les plantes. Pour Théophraste, seul le savant a la prérogative de n’être pas un étranger hors de sa patrie, de ne point manquer de personnes qui l’aiment, après avoir perdu ses amis, d'être citoyen dans toutes les villes du monde, de braver et de mépriser les revers de la fortune. D’après Cicéron et Plutarque, Épicure et Léontion avaient écrit un ouvrage intitulé Contre Théophraste ; celui d’Épicure comptait quatre livres. Le géographe Dicéarque a adressé certains de ses ouvrages, certaines de ses cartes et leurs explications à l’attention de Théophraste.

Biographie

Fils du foulon Mélantas, de Lesbos, il naquit le 5 de Hécatombeion dans la CIIe Olympiade et se nommait Tyrtamos de son véritable nom ; c’est Aristote qui le surnomma « Théophrastos », « divin parleur ».

Diogène Laërce affirme que Théophraste a été disciple de Platon. Selon l’historien de la philosophie et philologue Werner Jaeger, il est possible mais peu vraisemblable qu'il ait suivi les cours de Platon à Athènes ; il est plus probable qu’il ait rejoint Aristote et d’autres membres de l’Académie depuis Lesbos à Assos, où ce dernier s’était installé auprès d’Hermias en -347. Théophraste se lie d’amitié avec Callisthène, à qui il dédiera son Callisthène. Il contribue sur son île natale à combattre la tyrannie d’Erèsos qui a établi son pouvoir sur l’île ; Théophraste et un compatriote nommé Phidias libèreront l’île. C’est probablement sous son influence qu’Aristote quitte Assos pour s’installer à Mytilène sur l’île de Lesbos, où il enseigne jusqu’en -344/-343.

L’école péripatéticienne, comme association légale reconnue par la cité, a été fondée non par Aristote qui était métèque, mais par Théophraste à qui il légua ses biens dans un testament que l’on possède encore. L’école devient alors une association cultuelle. Après la bataille de Chéronée, Théophraste revient à Athènes ; Aristote y a déjà ouvert son école au Lycée et Théophraste y suit les cours de son ancien condisciple, à qui il succède en -322 lorsqu’Aristote part pour Chalcis.

En -317, le philosophe Démétrios de Phalère gouverne Athènes et concède à Théophraste, dont il fut l’élève, le droit de posséder des biens immobiliers, bien qu’il soit métèque comme son prédécesseur. Théophraste achète un jardin où il organise l’école aristotélicienne sur le modèle de celle de Platon, fondation qui a pour but la concrétisation de la vie contemplative et spéculative : outre un sanctuaire des Muses, le jardin comprend un grand portique avec des cartes géographiques en pierre et plusieurs salles de cours. En -307, Athènes est prise par Démétrios Poliorcète pendant près de trois ans, et la chute de Démétrios de Phalère entraîne la persécution des philosophes : les écoles de philosophie sont visées par une loi d’un certain Sophocle de Sounion interdisant aux philosophes de tenir école sans le consentement du peuple et de la Boulè, sous peine de mort. Théophraste et tous les philosophes s’exilent volontairement. Cette loi, défendue par Démocharès, le neveu de Démosthène, est abrogée l’année suivante à l’initiative de Philon, ancien élève d’Aristote : les philosophes reviennent à Athènes et Sophocle doit payer une amende de cinq talents

Rétabli et rappelé en -316, Théophraste revient à Athènes et y vit dès lors, entouré de nombreux disciples. Son œuvre considérable compterait, selon Diogène Laërce, 300 livres totalisant 232 808 lignes. À sa mort, Théophraste lègue par testament le jardin de son école en ces termes : « Je laisse le jardin et le péripatos et les maisons adjacentes, à ceux de nos amis dont j’ai inscrit le nom et qui voudront se consacrer en commun à l’enseignement et à la recherche scientifique, puisqu’il n’est pas possible que chacun y demeure constamment, et à la condition qu’aucun d’eux n’aliène la propriété ou la consacre à son usage privé, mais afin qu’ils en fassent un temple possédé et utilisé en commun, comme cela est juste et approprié, comme des camarades et des amis ». Il se fait ensevelir dans un coin de ce jardin où est élevé un monument funéraire. À la tête du Lycée, Théophraste eut, selon la tradition, plus de deux mille élèves, dont :

Ménandre fondait ses comédies sur une caractérologie héritée de Théophraste. Certains titres chez Ménandre correspondent aux Caractères de Théophraste : Apistos (Le Méfiant) ; Le Dyscolos (Le Bourru). Le poète latin Virgile s'est également inspiré de Théophraste32, ainsi que de Lucrèce. Plutarque a écrit que le philosophe stoïcien Zénon de Cition, devant la foule d’élèves de Théophraste, lui dit que Théophraste avait « un chœur plus nombreux que le sien, mais moins harmonieux ».

Accusé d’impiété par le politicien Agnonidès, membre du parti anti-macédonien et sycophante, avant l’accusation portée par Sophocle pour avoir déclaré que « La vie est gouvernée par la fortune, non la sagesse », le peuple d'Athènes estimait Théophraste à un point tel que son accusateur vit ce peuple se retourner contre lui ; devant l'Aréopage, il ne parvint pourtant pas à se défendre et demeura coi : d’après Claude Élien, tandis que les regards dirigés vers lui annonçaient de la bienveillance pour lui, Théophraste, comme il alléguait pour excuse le trouble où l’avait jeté le respect qu'inspire une si auguste assemblée, fut interpelé par Démocharès, qui lui repartit sur-le-champ et amèrement : « Théophraste, cette assemblée était composée d’Athéniens, non des douze grands dieux ». Ce silence devant des dispositions si favorables pour lui est évoqué par Érasme dans son Éloge de la Folie. La phrase de Théophraste sur la fortune dans son Callisthène fait référence au principe métaphysique de la tyché, nécessité transcendantale qui oriente les évènements dans le sens d’une finalité prédéterminée. Théophraste dit de la fortune qu’elle est aveugle, incroyablement prompte à nous ôter le fruit de notre peine et à bouleverser ce qui nous semble être la prospérité sans aucune opportunité déterminée.

Botanique

 
Historia plantarum, 1549.

La spécialité de Théophraste était l’étude des sciences naturelles et plus particulièrement celle des plantes, sujet de deux de ses ouvrages : Histoire des plantes101,102 et Causes des plantes103. Un grand nombre d’observations personnelles ou vérifiées dans l’Histoire impliquent l’emploi de la même méthode : par exemple, Théophraste distingue les plantes d’après leurs parties, leurs accidents, leurs naissances, leurs manières de vivre, leurs usages. Dans Recherches sur les plantes et Causes des plantes, dans laquelle on trouve les prémices du système sexuel, il explique les différences d’après les principes d’Aristote ; il y a dans les deux ouvrages l’affirmation, implicite et explicite, que la nature est soumise à des lois régulières. Théophraste a créé un vocabulaire spécifique qui décrivait les différentes parties d’une plante. Dans ses écrits, il ajoute ses observations personnelles aux connaissances des auteurs plus anciens et contemporains. Théophraste est à l’origine de la différenciation théorique entre le règne animal et le règne végétal, distinction qui permit la naissance d’une véritable nouvelle discipline à part entière, possédant ses propres méthode et vocabulaire : la botanique. Théophraste est le fondateur de la botanique en tant qu'étude des plantes en elles-mêmes et non pour leurs utilités. Son Histoire des plantes, ou Recherches sur les plantes traite de la morphologie et de la classification des végétaux. Une part importante de l’ouvrage est consacrée à un inventaire raisonné des plantes et comprend des informations sur l’influence du milieu sur leur développement, sur leur mode de reproductionet sur leur utilité. Théophraste évoque des espèces lointaines qui ont été importées après les conquêtes d’Alexandre le Grand, ou qu’il a reçues d’Égypte ; il les classe en quatre groupes :

  • Les arbres (« dendron »)
  • Les arbustes (« thamnos »)
  • Les sous-arbrisseaux (« phruganon »)
  • Les herbes (« poa » c’est-à-dire les végétaux non-ligneux).

Conscient de l’aspect arbitraire de ce système et convenant qu’une plante pouvait appartenir à plusieurs groupes, Théophraste se fonde sur le fait que les plantes ont une croissance indéterminée pour établir leur singularité.

 

Jules Dumont d’Urville, explorateur français Mission Botanique

Jules dumont

Jules Dumont est né le 23 mai 1790, à Condé-sur-Noireau, dans le Calvados. Marin dès 17 ans, c’est un polyglotte et un autodidacte qui s’intéresse vite à de nombreuses disciplines dont la botanique.

Il commence ses voyages d’exploration en 1819, participant à une expédition cartographique en Mer Noire et en Méditerranée Orientale. Pendant cette campagne, il est chargé des observations d’histoire naturelle et d’archéologie.

En avril 1820, il contribue de manière déterminante à l’acquisition de la Vénus de Milo par la France. Cette statue de marbre de la période hellénistique (IIème – Ier siècle avant J.-C.) est aujourd’hui un des joyaux du musée du Louvre.

Il effectue un premier voyage de circumnavigation, entre 1822 et 1825, sur le navire La Coquille. Partie de Toulon, l’expédition fait escale aux Malouines, passe le Cap Horn puis remonte jusqu’au Pérou. Elle est à Tahiti en mai 1823 puis rejoint la Nouvelle-Guinée par les îles Tonga et Salomon avant de contourner l’Australie. En 1824, ce sont la Nouvelle-Zélande, les îles Carolines, Fidji, Gilbert et Marshall qui sont visitées. Un second passage en Nouvelle-Guinée, précède le retour vers Marseille, par Java, l’île Maurice, et le Cap de Bonne Espérance. Outre les relevés topographiques et les observations ethnosociologiques, ce sont plus de 3 000 espèces de plantes, dont 400 nouvelles et 1 200 espèces d’insectes, dont 300 nouvelles qui seront ramenées au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris.

La decouverte de la venus de milo

La découverte de la Vénus de Milo

Monument

Commémoratif à Dumont d’Urville

 

Son second voyage dans le Pacifique a lieu entre 1826 et 1829. D’immenses récoltes d’histoire naturelle et d’objets artisanaux des peuples visités sont amassées durant la campagne. Dumont d’Urville est à l’origine des appellations Mélanésie, Micronésie, Polynésie.

Mais son grand dessein fut toujours de s’approcher du pôle sud autant que possible. Pour sa dernière expédition, l’Astrolabe, accompagnée de la Zélée, parte de Toulon le 11 septembre 1837. Une première tentative de s’approcher du pôle sud par la Terre de Feu se solde par un semi-échec face à la banquise. Il remonte alors vers Valparaiso avant de traverser le Pacifique par Tahiti, les îles Marquises et Salomon. En 1839, il croise au large des Célèbes, de L’Indonésie et rejoint la Tasmanie. La seconde tentative va s’avérer la bonne et le 22 janvier 1840, il découvre la Terre-Adélie.

Chassé par le mauvais temps et ayant perdu une partie de son équipage suite au scorburt et aux désertions, il entame le voyage de retour qui se fait par la Nouvelle-Zélande, la Nouvelle-Calédonie, le détroit de Torres et l’île Maurice pour arriver 0 Toulon le 6 novembre 1840.

La decouverte de la terre adelie monument commemoratif a dumont d urville

 

La découverte de la Terre-Adélie Monument commémoratif à Dumont d’Urville

 

Ce marin explorateur, alors contre-amiral, connaît une fin tragique dans le premier accident ferroviaire de France en 1842.

 

Le second voyage

Dumont d’Urville appareille de Toulon le 25 avril 1826, comme commandant de l’Astrolabe. Après le détroit de Gibraltar, il explore les îles du Cap-Vert et double le Cap de Bonne-Espérance, pour parvenir au cap Leeuwen (oct. 1826), à la pointe sud-ouest de l’Australie.

Le voyage se poursuit vers Sydney et la Nouvelle-Zélande (janv. 1827) où il explore le détroit de Cook. Remontant vers le nord par les îles Tonga, il fait ensuite route vers l’ouest par les Fidji (mai 1827) et les îles Loyauté et rejoint les côtes de Nouvelle-Guinée (août 1827). Ravitaillant au passage à l’île d’Ambon, il contourne l’Australie jusqu’en Tasmanie (déc. 1827) où il a connaissance des découvertes du navigateur irlandais Peter Dillon au sujet de La Pérouse.

Ceci le conduit à l’île de Vanikoro (au nord du Vanuatu) où il découvre effectivement des traces du naufrage et confirme la disparition de La Pérouse (fév. 1828). Il rejoint ensuite l’île de Guam (mai 1828), les Mariannes et entame son voyage de retour par les Moluques, Ambon, et Batavia (l’actuelle Djakarta) où il arrive en août 1828. Via l’île Maurice, il rejoint Toulon le 25 mars 1829.

 

Le navire

La gabarre-écurie La Coquille fut construite à la Seyne-sur-Mer en 1811 et lancée en janvier 1812 comme transport de chevaux. Elle navigua d’abord en Méditerranée une fois réaménagé pour des voyages au long cours, et équipé de 14 canons, ce trois-mâts fut reclassé en corvette et utilisé par L. Duperrey por son voyage de circumnavigation scientifique des années 1822-1825, où Dumont d’Urville était le second du navire. Le navire quitta Toulon le 25 avril 1826, sous le commandement de Dumont d’Urville qui l’avait fait renommer l’Astrolabe (en hommage à la Pérouse).

L astrolabe sur la cote de nouvelle guinee

L’Astrolabe sur la côte de Nouvelle-Guinée

 

Le 24 février 1829, il achevait son second voyage autour du monde. La même année il se rendit en Egypte avec à son bord J. F. Champollion, le célèbre déchiffreur des hiéroglyphes. De 1837 à 1840, l’Astrolabe partit pour son troisième voyage autour du monde, encore une fois sous le commandement de Dumont d’Urville.

Ce fut pendant cette expédition que Dumont d’Urville, qui naviguait dans l’océan antarctique, découvrit la Terre Adélie, ainsi nommée en l’honneur de son épouse. La base Dumont d’Urville est aujourd’hui la seule base scientifique française en Antarctique. L’Astrolabe prit le large une dernière fois en 1847 pour rejoindre, jusqu’en 1851, la station navale de la Plata.

Timbre de la perouse et dumont d urville

Les orchidées

Dans la masse de spécimens botaniques que Dumont d’Urville a rapportés de son deuxième voyage dans le Pacifique, les orchidées sont peu nombreuses. Elles ont été représentées dans l’atlas de planches botaniques accompagnant le récit qu’il a publié après son retour (voyage de la corvette l’Astrolabe, exécuté par Ordre du Roi pendant les années 1826-1827-1828-1829). La liste suivante en fournit les noms, avec la référence à ces planches et la nomenclature d’origine :

Diuris Novae-Zeelandiae (pl. 25 Nouvelle Zélande)

Thelymitra forsterii (pl. 26 Nouvelle-Zélande)

Dendrobium biflorum (pl. 26 Nouvelle-Zélande)

Oberonia gladiata (pl. 2a Nouvelle Zélande)

Oberonia micrantha (pl. 3a Vanikoro)

Carteretia paniculata (pl. 4a Nouvelle Irlande)

Dendrobium hispidum (pl. 5a Vanikoro)

Dendrobium macranthum (pl. 6a Vanikoro)

Dendrobium calcaratum (pl. 7a Vanikoro)

Dendrobium lancifolium (pl. 8a Moluques)

Dendrobium macrophyllum (pl. 9a Nouvelle-Guinée)

Macrolepis longiscapa (pl. 10a Vanikoro)

Deux orchidées indéterminées (« faute de fleurs ») sont par ailleurs observées en Nouvelle-Guinée en septembre 1827.

Cependant, l’herbier Dumont D’Urville, conservé au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, contient plus de 100 planches se rapportant à la famille des Orchidaceae. Les plantes ont été récoltées aussi bien en Méditerranée Orientale qu’au cours de ses deux premiers voyages dans le Pacifique.

Thelymitra forsterii

Diuris novae zeelandiae

Contributions naturalistes

Dumont d’Urville était un vrai naturaliste du XIXème siècle, reconnu particulièrement dans les domaines de la botanique et de l’entomologie. Son nom est associé à plusieurs genres ou espèces végétales, à des insectes, des algues (Durvillaceae antartica). Sur l’initiative de Humbolt, le genre Urvillea a été créé en 1821 pour des arbres d’Amérique du Sud de la famille des Sapindaceae (arbre à savon).

Lors de son voyage au Levant, il a découvert et décrit l’orchidée nommée de nos jours Dactylorhiza urvilleana, présente sur les côtes est de la Mer Noire.

Une variété d’Anacampsis pyramidalis (var. urvilleana), décrite de l’île de Malte, lui est également dédiée.

Chez les autres familles de plantes, citons entre autres :

Tibouchina urvilleana (fleur –araignée), Melastomataceae originaire du Brésil.

Anthemis urvilleana, astéracée de Malte.

Pimelea urvilleana, Malvacée de Nouvelle-Zélande.

Peperonia urvilleana, poivrier de Nouvelle-Zélande.

Hebe urvilleana, plante de Nouvelle-Zélande de la famille du jasmin.

Il est l’auteur d’une flore des îles Malouines (1825) et s’est adjoint l’aide de grands botanistes de son temps, comme Bory de Saint-Vincent et Brongniart, pour rédiger le compte-rendu botanique de ses voyages.

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Flore d’Afrique du Nord : l’œuvre pionnière de René Maire

L’œuvre monumentale, magistrale (Emberger, 1952), de Maire est sans doute l’une des plus conséquentes du monde de la botanique. Ce travail titanesque, à une époque où les moyens étaient nettement moins disponibles qu’aujourd’hui, ne sera sans doute jamais égalé. L’auteur n’a d’ailleurs pas pu achever ce travail de son vivant. Cette encyclopédie comporte 10566 pages de textes dactylographiés répartis en 16 volumes et intéresse l’ensemble des pays maghrébins, de la Lybie au Maroc, et pré-sahéliens, du Tchad à la Mauritanie.

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Biographie du Maître

De son vrai nom René Charles Joseph MAIRE, le savant botaniste est né le 29 mai 1878 à Lons-le-Saunier dans le département du Jura en Bourgogne-Franche-Comté. Il était d’origine Lorraine, descendant d’une famille bourgeoise de Lunéville et de Metz dans le département de Meurthe-Et-Moselle. Sa passion pour la nature et la botanique débuta très tôt. À 14 ans il commença à publier. À 18 ans, il fut l’auteur d’u